Vendredi 30 octobre 2020
Le petit prince du piano
Trifonov donne une vision personnelle de Scriabine, Chopin et Liszt
Trifonov - The Carnegie Recital

Daniil Trifonov n’a pas de chance. En 2010, au concours Chopin de Varsovie, le voilà relégué au 3ème prix, à la fureur de Martha Argerich, presqu’égale à celle de 1980 quand Ivo Pogorelich dut se contenter d’un prix de la critique. En février 2013, son récital au Carnegie Hall est accueilli avec réserve par la critique new-yorkaise… mais sans aucune par le public. Gageons alors que c’est par l’oreille de ce dernier que cet enregistrement a été réalisé, car l’enthousiasme soulevé voilà un an par son concerto de Tchaïkovski se confirme (voir ici). Personnalité immédiatement reconnaissable et pourtant jamais prévisible, Daniil Trifonov déconcerte ainsi dans la sonate de Scriabine, intime et lumineuse, sans pathos. Cette absence d’effet, on la retrouve aussi dans la sonate de Liszt : la clarté des lignes mélodiques, le délié des doigtés, et les pulsions, parfois retenues, parfois non, font toute la poésie lyrique du jeune pianiste russe (21 ans au moment de l’enregistrement). Enfin, Daniil Trifonov est chez lui dans Chopin, et c’est avec un art subtil, cette redoutable sensation de facilité, qu’il se met à la hauteur des plus grands, sans en imiter aucun. C’est peut-être cela, le talent de Trifonov : sa voix s’impose, elle s’ajoute aux meilleurs comme un supplément de bonheur inattendu et cela, pour de nombreuses années.
Albéric Lagier

Scriabine : Sonate n°2 - Liszt : Sonate en si mineur - Chopin : 24 préludes op. 28
Daniil Trifonov (piano)
1 CD Deutsche Grammophon 479 1728
1 h 19 min

mis en ligne le mardi 12 novembre 2013

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