Vendredi 18 octobre 2019
La tragédie à l’arraché
Valery Gergiev se lâche dans l’Elektra de Richard Strauss
Elektra

Trois mégères luttant contre un orchestre en folie, disent ceux qui n’aiment pas Elektra. Sophocle égarée à Vienne au temps de Freud, précisent les intellectuels. Tout cela, agrémenté de valses (viennoises) tout en flirtant avec l’atonalité (viennoise elle aussi), tranchent ceux qui ont des indulgences pour ce modèle d’hystérie lyrique, après lequel Strauss et son librettiste Hofmannsthal se tourneront vers les élégances capiteuses du Chevalier à la rose. « Il faut diriger Strauss comme Mozart, » disait Karl Böhm, qui le faisait merveilleusement. On ne peut pas dire que Valery Gergiev suive le même chemin. Son Elektra est éruptif et maîtrisé, mais aussi brutal et sans nuances. En concert, avec le London Symphony tous cuivres dehors, cela doit être impressionnant. Capté par les micros de LSO Live, cela devient vite fatiguant. Idem pour les chanteurs. Jeanne-Michèle Charbonnet a le feu sacré, mais un vibrato envahissant, et Felicity Palmer grossit le trait en mère monstrueuse. Angela Denoke et Mathias Goerne sont plus phonogéniques, plus raffinés. Il y a tout de même quelques moments magiques dans ce live, comme les retrouvailles d’Oreste et d’Elektra, où le chef est bien obligé de suivre les battements de cœur des chanteurs.
François Lafon

Elektra
Jeanne-MichèleCharbonnet (Elektra), Angela Denoke (Chrysothemis), Felicity Palmer (Clytemnestre), Matthias Goerne (Oreste), Ian Storey (Egisthe)
London Symphony Orchestra
Direction musicale : Valery Gergiev
2 SACD LSO Live LSO0701
1 h 48 min

mis en ligne le mardi 24 juillet 2012

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.