Lundi 14 octobre 2019
La moulinette à Freire
Retour au Bach de l'école romantique
Nelson Freire - Bach

Nelson Freire dans Bach, c’est une première. Et qui le restera peut-être. Nous voilà replongés dans les grandes interprétations romantiques de Bach, et dans ce Bach-là, tout est affaire de vitesse. Les tierces se transforment en trilles, les silences sont passés sous silence : comme dans une certaine vision de Chopin, plus ça va vite et mieux c’est. Dans cette course tourbillonnante, les ornementations sont comme une gêne, mais toujours élégamment contournée. Pas de contrepoint pédant. Les plans harmoniques ? La 3D musicale version Kantor de Leipzig n’est pas trop le genre de Nelson Freire. Quand aux reprises, pas le temps, c’est pour demain. Reste la mélodie, chantante, séduisante même. La moulinette fonctionne parfois : réchappe de ce traitement très spécial une Gavotte de la Suite anglaise n°3 absolument charmante, hélas suivie d’une gigue pour danseurs étoiles, petit divertissement avant une Fantaisie chromatique qu’on pourrait croire transcrite par Liszt, mais non. Le programme mélange un peu de tout, Partita, Suite anglaise, des chorals transcrits (par Busoni, Siloti et Hess) avec ses poncifs tels que Jésus, que ma joie demeure. On n’en comprend pas le sens : réduire en une heure vingt minutes tout l’art de Bach ? Nelson Freire joue « Freire », mais Bach ne se laisse pas facilement faire.
Albéric Lagier  

Partita no.4, BWV 828, Toccata BWV 911, Suite anglaise n°3 BWV 808, Fantasie chromatique et Fugue BWV 903, Concerto en ré mineur BWV 974, chorals BWV 639, 667, 659 et 535
Nelson Freire (piano)
1 CD Decca 478 8449
1 h 20 minutes

mis en ligne le jeudi 10 mars 2016

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