Mardi 15 octobre 2019
La « slavitude » en quête d'une âme
Marianne Piketty et Diana Ciocarlie privilégient la virtuosité
Bohemia

Suk, Janácek, Martinů… L’âme slave, à travers trois générations, quel beau programme ! Ne manque que le père spirituel, Dvorak. Dans cette pièce pour piano et violon, Joseph Suk, élève de ce dernier, met à nu une âme fougueuse et déchirée, où la virtuosité est de mise, mais comme pour mieux pénétrer les déchirements intimes qui traversaient alors sa vie. Janácek, on le sait, est un génie tardif. Les œuvres de ses dix dernières années, auxquelles appartient cette Sonate, sont d’une redoutable difficulté d’interprétation. Elles condensent, en quelques pages, l’accumulation de toute une vie, une palette sonore d’une richesse exceptionnelle que seul un sens aigu de la simplicité peut honorer. Martinů, enfin, en cette année 1944, écrit sa troisième sonate dans un style d’un pur classicisme : l’essence même de la veine slave inaugurée par Dvorak. L’attente est donc forte. Hélas, Marianne Piketty et Diana Ciorcalie privilégient une approche technique, un parti pris démonstratif et froid, et une virtuosité que les deux ont souvent du mal à accorder. Nulle émotion, nul frémissement. Dans cet abattage forcené, le manque de souffle nous laisse bien loin des frémissements tantôt jubilatoires, tantôt obscurs que ces Maîtres de Bohème ont si bien su développer dans leur musique de chambre.
Albéric Lagier

Suk : Quatre pièces pour violon et piano, opus 17 - Janáček : Sonate pour piano et violon - Martinů : Sonate n° 3 pour piano et violon H 303 - Dolinova et Maratka : Czardas III
Marianne Piketty (violon) Diana Ciorcalie (piano)
1 CD Integral Classic
1 h 21 min

mis en ligne le jeudi 14 octobre 2010

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