Vendredi 18 octobre 2019
L’éternel retour
L’Art de la fugue sans bonne ni mauvaise surprise
 
Le même, pas pareil
Un Bach en chair et en os
Reinhard Goebel et Musica Antiqua Köln
Die Kunst der Fuge

Il n’y aura jamais de solution définitive aux problèmes posés par l’Art de la fugue, que Bach a probablement écrit pour le plaisir des yeux plus que pour celui des oreilles… bien que ce dernier ne soit pas mince. Que ce soit pour clavier(s) ou pour un ensemble plus ou moins fourni, les manières de mettre ces contrepoints en mouvement peuvent être infinies, comme les allées de ce labyrinthe sonore. La solution proposée par l’Académie de Musique Ancienne de Berlin (sur instruments d’époque) ressemble à un compromis : si certains morceaux sont joués uniquement au clavecin (d’une manière plutôt lisse), d’autres sont arrangés pour un ensemble dont la composition change à chaque fois. Certaines combinaisons retiennent d’emblée l’oreille : dans quelques contrepoints, la couleur des bois souligne notamment le côté archaïque de l’œuvre ; dans d’autres, l’entrée des instruments par paliers a un effet très organistique. Mais c'est là presque toute la fantaisie de cette version qui ressemble finalement au tableau de Mondrian choisi pour illustrer la pochette : de longues lignes perpendiculaires parfaitement tracées séparant des aplats de couleurs sans nuances. Au lieu d’enrichir chaque contrepoint d’une nouvelle perspective, cette version en deux dimensions réduit l’horizon de l’œuvre :  chaque nouvelle fugue a l'air d'un éternel retour plus d’une spirale qui se déploie vers l’infini. 
Pablo Galonce

L'Art de la fugue BWV 1080
Akademie für Alte Musik Berlin
1 CD Harmonia Mundi

mis en ligne le vendredi 4 février 2011

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