Vendredi 18 octobre 2019
Guerre des nerfs
L’altière objectivité de Rafal Blechacz dans les Polonaises de Chopin
 
Le même, pas pareil
La fièvre chopinienne de Samson François
Polonaises

Dans les Polonaises de Chopin, on peut trouver Arthur Rubinstein péremptoire, Samson François halluciné ou Maurizio Pollini distancié. Mais que dire de Rafal Blechacz ? Polonais lui-même, il n’a certes pas besoin d’insister sur le fait qu’il comprend la fierté et la souffrance contenues dans ces chefs-d’oeuvre. On peut imaginer aussi qu’il ne voit pas ceux-ci comme des morceaux de bravoure, et que le meilleur moyen de rendre hommage à son grand compatriote est de s’effacer devant la perfection de son écriture. Point trop de rubato donc, ni de grands emballements : l’assurance technique et la maîtrise émotionnelle requises doivent suffire à caractériser une interprétation, et un contre-chant bien équilibré (superbe main gauche) vaut tous les effets de manche. Mais tout de même, attendre la Polonaise-Fantaisie op. 61 pour donner un peu de nuances, pour quitter cette altière objectivité, c’est jouer avec les nerfs de l’auditeur, lequel se précipitera sur les grands subjectifs déjà cités pour trouver un peu de rêve et d’exaltation. Dans ses autres CD Chopin (en particulier les deux Concertos) - sans parler de son bel album Debussy-Szymanowski sorti en 2012 - ce prodige de vingt-huit ans, premier Polonais à remporter le Concours Chopin de Varsovie depuis Krystian Zimerman, promettait d’autres émotions.
François Lafon

Polonaises op. 26 ; 40 ; 44 ; 53 ; 61
Rafal Blechacz (piano)
1 CD Deutsche Grammophon 479 0928
1 h 00

mis en ligne le dimanche 2 mars 2014

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