Jeudi 18 août 2022
Festival d’Aix-en-Provence 1
Salomé et le fantasme masculin
Salomé

Au théâtre, on attend qu’un spectacle soit rôdé pour convier la presse. Plus difficile à l’opéra, où l’on joue (nettement) moins longtemps. Mais puisque sous la direction de Pierre Audi le festival d’Aix-en-Provence prend d’année en année des allures d’Avignon (« in ») lyrique, allons aux dernières. « Traverser l’épreuve et renaître », annonce cette édition, plaidoyer pro domo (le Covid et ses conséquences) mais aussi relecture(s) des œuvres du passé selon les grilles actuelles. Ainsi Salomé, mis en scène par Andrea Breth, grande figure du théâtre en Allemagne, avec Elsa Dreisig, adolescente « submergée par quelque chose qu’elle ne connait pas » plutôt que furie néo-wagnérienne, justifiant-là les risques qu’elle aime prendre dans le choix de ses rôles. Que disent Richard Strauss et Oscar Wilde, que dit Andrea Breth à travers son interprète ? Que Salomé n’est pas seulement un fantasme masculin et que la "Danse des sept voiles" ne suffit pas à justifier une esthétique de cabaret. La Lune est là, obsédante, mais le spectacle, austère, reflète d’abord un enfermement. Il n’en est pas moins cultivé sans cuistrerie et pertinent sans ostentation (éclairante « scène des Juifs », si souvent caricaturée alors qu’elle est essentielle). Pourquoi ce soir Andrea Breth est-elle sifflée par une partie de la salle » ? Pour ne pas avoir fait ce qu’elle ne voulait pas faire ? A la tête d’un Orchestre de Paris au cordeau, le chef Ingo Metzmacher va dans son sens, en dirigeant alla Karl Böhm, c’est-à-dire « comme du Mozart », cette musique qui prête à tant de débordements. Pas une faille dans la distribution, ni John Daszak, Hérode chantant et non glapissant, ni Gabor Bretz, prophète plus fascinant qu’effrayant, ni surtout Angela Denoke, ex-Salomé d’exception, qui nous console des Herodias mère Thénardier qu’on nous impose trop souvent.
François Lafon

Grand théâtre de Provence, 19 juillet (Photo © Bernd Uhlig/Festival d'Aix-en-Provence)

Salomé
Elsa Deisig (Salomé), John Daszak (Herodes), Angela Denoke (Herodias)Joel Prieto (Narraboth),
Orchestre de Paris
Direction musicale : Ingo Metzmacher
Mise en scène : Andrea Breth

mis en ligne le jeudi 21 juillet 2022

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