Mercredi 16 octobre 2019
Etonnante déconnection
Yundi tente un périlleux grand écart entre Beethoven et Schumann
Emperor - Fantasy

Peut-être parce qu’il n’occupe que la deuxième place dans le peloton de tête du piano chinois, Yundi Li est mieux considéré par le public occidental que le ravageur Lang Lang. Sa technique est presque aussi phénoménale que celle de son rival, mais son jeu est plus raffiné, plus « artiste », son toucher plus délicat. Est-ce suffisant ? Pas vraiment, à écouter cet album où il tente un curieux grand écart entre l’éclat de « L’Empereur » de Beethoven et l’introspection de la Fantaisie de Schumann. Dans le Concerto, sa sonorité monochrome et ténue, ses phrasés sans caractère particulier (si ce n’est, toujours, une légère tendance à la préciosité) contrastent fortement avec la direction tout feu tout flamme de Daniel Harding conduisant à tombeau ouvert un Philharmonique de Berlin qui en a vu d’autres. Seul face aux emportements amoureux de Schumann, il semble démuni devant l’ « équilibre dans le déséquilibre » que constitue ce chef-d’œuvre aux ruptures et aux sinuosités redoutables. Il en résulte un exemple étonnant de déconnection entre tête et doigts. En bis, un Vol du bourdon (Rimski-Korsakov) aérien, yundiesque dans le meilleur sens du terme.
François Lafon

Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n° 5 - Schumann : Fantaisie - Rimski-Korsakov : Le Vol du bourdon
Yundi (piano)
Orchestre Philharmonique de Berlin
Direction musicale : Daniel Harding
1 CD Deutsche Grammophon 481 0710
1 h 10 min

mis en ligne le samedi 22 mars 2014

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