Vendredi 18 octobre 2019
Diabelli boum boum
Gary Cooper ne parvient pas à laisser Beethoven s'envoler
Variations Diabelli

Les variations Diabelli surpassent les genres : on n’est plus dans le romantisme, mais ailleurs, avec 80 ans de retard sur Bach et ses variations Goldberg et 80 ans d’avance sur le piano jazz… Ecrites en do majeur (malgré quelques incursions en mode mineur), les variations ne se fondent pas sur les tonalités, et elles défient les interprètes, car d’une rare complexité : comment faire de ces 33 variations un ensemble cohérent, faire naître de cette diversité un tout. Beethoven muse et s’amuse à dresser une galerie de portraits – autant de variations que de caractères, autant de regards subtilement moqueurs autour d’une valse composée par l’oublié Anton Diabelli, d’ailleurs peu dansante et d’une grande banalité. Les interprétations les plus fameuses réussissent à conter une comédie humaine, sous forme d’esquisses où transparaît cette magistrale touche de parodie. Le pianoforte (qui date de l’année même de la fin de la composition des Variations), et Gary Cooper peinent à rendre la dimension visionnaire de l’œuvre : l’interprétation est résolument romantique, avec un ton souvent heurté et pesant. On est loin de la légèreté diaphane que permet le piano moderne, où le grave et la grâce, où l’émotion et le grotesque façonnent moins des « variations » que des « transformations », puisque c’est ainsi que Beethoven les désignait. Les six Bagatelles opus 126 qui ferment le programme ne posant pas ces mêmes difficultés, on les écoutera avec plus de clémence.
Albéric Lagier

Variations Diabelli Opus 120 - 6 bagatelles Opus 126
Gary Cooper (pianoforte)
1 CD Channel Classics (2010)
1 h 23 min

mis en ligne le lundi 28 février 2011

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