Mardi 15 octobre 2019
Contre-tenor et contresens
Philippe Jaroussky exécute trois Orphée
La Storia di Orfeo

L’idée est amusante, quoiqu’inutilement compliquée : prendre trois Orphée, star de la musique occidentale du XVIème au XVIIIème siècle, et voir ce que ça donne. Feindre de s’étonner, comme le fait Philippe Jaroussky dans le texte d'accompagnement, qu'un pasticcio puisse constituer une histoire complète et un ensemble cohérent (surtout si on les interprète de la même façon pour en faire une pastorale plutôt settecento). Sont appelés trois compositeurs du seicento : Monteverdi, Sartorio, Rossi. Emöke Barath tire très bien son épingle du jeu, face à un Jaroussky peu fait pour ce style, qui nécessite grâce et retenue, même dans la ferveur, une technique vocale particulière, et un goût confirmé pour le texte. Ses vocalises, omniprésentes et de format unique, paraissent à cent lieues de ce qui sous-tend l’art vocal du XVIème siècle italien : le subtil équilibre entre la musique et la parole, l'alliance entre le parlé et le chanté, la musicalité étant dans les deux. Ces vocalises gênent, naturellement, la qualité de la diction, ce qui n’est pas le moindre paradoxe. La contrariété est accrue par l’ampleur des chœurs qu’on croirait sortis de chez Marc-Antoine Charpentier, et un orchestre qui est bien obligé de suivre le contre-ténor. Cet Orphée sur mesure devient alors une comptine dont on ne retiendra que les paillettes.
Albéric Lagier

Airs de Monteverdi, Sartorio, Rossi
Philippe Jaroussky (contre-tenor), Emöke Barath (soprano)
I Barrocchisti, Coro della Radiotelevisione svizzera
Direction musicale : Diego Fasolis
1 CD Erato
1 h 05 min

mis en ligne le vendredi 31 mars 2017

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