Mardi 10 décembre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Palais Garnier : quand le grand opéra français s’expose
mercredi 23 octobre 2019 à 20h28
Suite des festivités du tricentenaire et demi de l’Opéra de Paris : après Un air d’Italie, l’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution, voici Le Grand opéra, 1828 – 1867, le spectacle de l’Histoire. Un sous-titre qui dit tout, selon Romain Feist, co-commissaire  de l’exposition avec Marion Mirande : annoncé par Spontini (La Vestale) et Cherubini (Médée), inauguré par Auber et sa Muette de Portici et Rossini avec Guillaume Tell, le genre va trouver en Meyerbeer son héraut et son héros. Plus de mythologie ni d’antiquité, mais de l’Histoire « comme si vous y étiez », revanche de la France de Louis-Philippe après Waterloo et le traité de Vienne : décors somptueux, grand effets, musique non moins spectaculaire, faisant appel à des voix hors-normes. Avant tout,  toujours selon Romain Feist,  un laboratoire du ballet romantique qui, lui, passera à la postérité : pas d’opéra à Paris (salle Le Peletier, puis Palais Garnier) sans scène de danse, passage obligé auquel ni Wagner (Tannhäuser) ni Verdi (Les Vêpres siciliennes, Don Carlos) n’échapperont, pas même Mozart qui verra (ou plutôt ne verra pas) son Don Giovanni augmenté d’un ballet signé… Auber. Double paradoxe : composé en cinq mouvements ("Généalogie" ; "Révolution en marche" ; "Triomphes de Meyerbeer" ; "Dernières gloires" ; "Un monde s’éteint") de tableaux, gravures et maquettes, mais aussi de manuscrits rares (l’original de la célèbre lettre de Baudelaire à Wagner), cet hommage à la période la plus « grand spectacle » du genre est intime, voire feutré, jusqu’à la salle spéciale consacrée à L’Africaine, dernier blockbuster de Meyerbeer, où l’on peut admirer la maquette d’un décor avec sa machinerie (l’original pesait douze tonnes). Constatation enfin (et second paradoxe) que ce grand opéra ici fêté est très peu donné in loco de nos jours. Hors les outsiders célèbres précités Verdi et Wagner, un Robert le Diable au Palais Garnier (1985), des Huguenots (2018) à la Bastille, tous deux témoignant de la difficulté – dramaturgique mais aussi musicale – que rencontre notre époque à retrouver (et à apprécier) ces photographies grand format d’un monde révolu.  
François Lafon 

Exposition Le Grand opéra, 1828 – 1867, le spectacle de l’Histoire. Bibliothèque-musée de l’Opéra, Palais Garnier, du 24 octobre 2019 au 2 février 2020 (Illustration : Affiche de L’Africaine, 1865 (c) BnF)

 

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