Vendredi 14 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Lulu et les moustaches de la Joconde
jeudi 2 avril 2015 à 16h12

Parution en DVD de Lulu d’Alban Berg, filmé en 2012 à Berlin (Schiller Theater, pendant les travaux du Staatsoper) dans la mise en scène d’Andrea Breth et sous la baguette de Daniel Barenboim. Un cas d’école, moins à cause du caractère abscons du spectacle (rien de nouveau au pays de la Regietheater) que du réaménagement dramaturgico-musical de l’oeuvre. Depuis 1979 – création de la version complétée par le compositeur viennois Friedrich Cerha à partir du matériel laissé par Berg à sa mort – Lulu est considéré comme gravé dans le marbre, la seule excentricité admise étant le retour à la version donnée jusque-là, en deux actes suivis, pour remplacer le 3ème acte inachevé, d’extraits de la Suite orchestrale de la plume de Berg lui-même. Or c’est une nouvelle mouture, baptisée « version de Berlin », qui est donnée ici, due au compositeur anglo-allemand David Robert Coleman. Pourquoi pas, le travail scrupuleux de Cerha sur le 3ème acte laissant subsister des longueurs que Berg aurait probablement éliminées ? Mais Coleman, de conserve avec la metteur en scène qui tenait à présenter l’action sous forme de flashback, ne s’est pas contenté d’élaguer. Il a supprimé le prologue, où les personnages sont assimilés par un dompteur à des animaux de cirque, et tout le tableau « de Paris » au 3ème acte, siège principal des longueurs susnommées. Pourquoi pas, là encore, Lulu n’étant pas (tant s’en faut) un ouvrage sacré ? L’ennui, c’est que, tout en prétendant mettre en valeur les symétries et effets de miroir chers à Berg, ces coupes claires détruisent - musicalement mais aussi dramatiquement - la structure « en arche » révélées par la version Cerha, autour du pivot constitué par la « Musique de film » qui relie les deux tableaux du 2ème acte. Il a aussi orchestré ce qui reste du 3ème acte (la mort de Lulu à Londres sous le couteau de Jack l’Eventreur) façon jazz, avec marimbas, cloches à vaches et steel-drums. Des moustaches à la Joconde, qui au moins ne contribuent pas, elles, à faire perdre son équilibre tardivement retrouvé à un chef-d’œuvre déjà foisonnant.

François Lafon

1 DVD Deutsche Grammophon 073 4934

 

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