Lundi 24 février 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Kurt Weill Story : quadruple distanciation
mercredi 21 mars 2018 à 23h37
A l’Amphithéâtre de l’Opéra – Bastille : Kurt Weill Story par les chanteurs, pianistes et instrumentistes de l’Académie de l’Opéra, mis en scène par Mirabelle Ordinaire, ex-de l’Académie. Quel Kurt Weill ? l’Allemand (avec Brecht), le Français (qui compose La Complainte de la Seine pour Lys Gauty) ou l’Américain, exilé fournissant des musicals à Broadway ? Les trois bien sûr, mêlés dans un spectacle-audition où les chanteurs jouent leur propre rôle jouant des personnages typés interprétant songs, chansons et ensembles : triple distanciation (Brecht encore), quadruple même si l’on inclut le public qui boucle la boucle en assistant à l’audition… des pensionnaires de l’Académie. Tout cela inventif et divertissant, maniant le private joke (enfin, on l’imagine) et l’autodérision sans tomber dans l’entre-soi. Un exercice de haute école surtout, les trois Weill exigeant des qualités complémentaires et parfois opposées tout en restant du Weill, génie du théâtre en musique à l’expression simple cachant une technique sophistiquée. Question à jamais irrésolue : voix lyriques ou non ? Weill rêvait de voix d’opéra pour Mahagonny et incluait du chant savant dans ses musicals (l’ « Ice cream Sextet » de Street Scene). Ici personne n’imite Lotte Lenya ou Gisela May, mais chacun s’adapte non sans finesse : roulades rossiniennes pour le "Duo de la jalousie" de L’Opéra de Quat’sous, technique « chanson » pour Pauline Texier (soprano) dans Je ne t’aime pas (paroles de Maurice Magre), parodies d’opéra russe pour "Tchaikovski" (Lady in the dark) où le baryton ukrainien Danylo Matviienko (photo) fait crouler la salle. Vent de Fregoli aussi chez les accompagnateurs : il suffit pour cela d’entendre les cordes de l’Académie dans le "Tango ballade" de L’Opéra de Quat’sous ou le pianiste Benjamin d’Anfray chalouper jazz, tous se retrouvant au final pour un Youkali (paroles de Roger Fernay pour la pièce Marie Galante ou l'Exil sans retour de Jacques Deval) qui résume tout : « C’est presque au bout du monde, c’est dans notre nuit comme une éclaircie, c’est le pays de nos désirs ».
François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille – Amphithéâtre. Tous publics les 23 et 24 mars (20h), scolaires le 22 mars (14h) (Photo © DR)

 

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