Vendredi 18 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Goncourt : Anton Bruckner et l’Anschluss
lundi 27 novembre 2017 à 15h26
Dans l’Autriche de 1938, deux hommes de pouvoir partagent la même passion pour la musique classique. Le premier, Kurt von Schuschnigg, est le chancelier en place ; le second, Arthur Seyss-Inquart, lui succédera bientôt, imposé par Hitler au moment de l’Anschluss. Ils aiment particulièrement Bruckner, ils en parlent souvent tous les deux, et dans L’ordre du jour, le magnifique récit qui vient d’obtenir le Prix Goncourt, Eric Vuillard se fait l’écho de leurs réflexions.

Ils songent à l’internement du compositeur, et Seyss-Inquart « raconte qu’Anton Bruckner, durant ses longues, très longues et monotones promenades, comptait les feuilles des arbres, que dans une sorte d’acharnement secret et stérile, il passait d’un arbre à l’autre et voyait avec angoisse croître le nombre qui le tourmentait. »

Puis ils évoquent sa Neuvième Symphonie, « son travail incessant de correction (qui) a parfois laissé derrière lui jusqu’à dix-sept versions du même passage.
Schuschnigg devait être fasciné par ce délirant système fait d’hésitations et de repentirs. C’est pourquoi peut-être Seyss-Inquart et lui aimaient par dessus tout deviser
[…] de la Neuvième Symphonie de Bruckner avec ses cuivres grandioses, son silence effarant, puis le souffle de la clarinette, et ce moment où les violons, lentement, crachent leurs petites étoiles de sang. »

Décrire subtilement la musique de Bruckner tout en suggérant le caractère de ces acteurs de l’Histoire et les abominations de l’Anschluss, tel est le tour de force réussi par Eric Vuillard. Un must.
Gérard Pangon
 
L’ordre du jour d’Eric Vuillard Ed. Actes Sud

 

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