Vendredi 14 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Carmen 1999 à la Bastille : le nouveau vintage
samedi 11 mars 2017 à 00h53
Nouvelle Carmen mise en scène par le sulfureux Calixto Bieito à l’Opéra de Paris-Bastille, la quatrième depuis l’ouverture de la salle. Nouvelle in loco seulement, puisque le spectacle date de 1999 et a beaucoup tourné : une mode décidément que les revivals de productions vingtenaires, ainsi qu’en témoigne le festival « Mémoires » à Lyon. L’assurance aussi pour l’Opéra d’avoir à son répertoire une Carmen viable, le plus emblématique des ouvrages nationaux n’en finissant plus de justifier sa réputation de porter la guigne : depuis la légendaire mise en scène de Raymond Rouleau (1959) et compte non-tenu de l’importation de la production d’Edimbourg avec Teresa Berganza à la salle Favart (1980), aucun essai n’a été vraiment transformé, le dernier en date pourtant signé du talentueux Yves Beaunesne (2012) étant peut-être le plus raté. Déjà vintage cela dit, almodovarienne première manière, cette Carmen transposée dans l’Espagne de la Movida, avec bohémiennes au bord de la crise de nerf et soldats soumis à la loi du désir, bien que revendiquée par le metteur en scène comme intemporelle, sinon prémonitoire dans sa dénonciation de « l’intolérance affectant les sphères sociales » et la définition de l’héroïne comme « une frontière, au sens littéral et métaphorique ». Résidu de la guigne précitée : cette première représentation (gala AROP de surcroît) d’une série de vingt-quatre courant jusqu’en juillet et mobilisant quatre Carmen, trois Micaela, deux Don José et deux Escamillo n’a rien de mémorable : Clémentine Margaine - titulaire internationale du rôle-titre comme le fut Béatrice Uria-Monzon - est bien ordinaire face à un Roberto Alagna toujours unique en Don José mais annoncé comme souffrant et vocalement à la peine, les seconds rôles, fort bien tenus, et les chœurs, impeccables, n’arrachant pas plus l’ensemble à la routine que la direction efficace mais impersonnelle de Bertrand de Billy, remplaçant le jeune Lionel Bringuier, chef prodige comme le fut Roberto Benzi en son temps.
François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille, jusqu’au 16 juillet. Dernière représentation (Elina Garanca, Roberto Alagna, Maria Agresta, Ildar Abdrazakov) en léger différé sur Culture Box et France 3, en direct sur Radio Classique (Photo © Vincent Pontet/Opéra de Paris)

 

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