Jeudi 17 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Anniversaire Pierre Henry à Radio France
lundi 11 décembre 2017 à 19h58
Un grand portrait en couleur de Pierre Henry à l’entrée du Studio 104, visage radieux, sourire aux lèvres : une image et un hommage complices de Radio France à l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire du compositeur.
Un week-end qu’il avait orchestré avec Bruno Berenguer (Direction de la Musique) et auquel il aurait bien sûr assisté, si la mort ne l’avait rattrapé, le 5 juillet 2017. Premier concert étrange, étonnant même, par la Compagnie Inouïe Thierry Balasse, autour de la « recréation sur instruments pour électronique et orchestre pop » de Messe pour le temps présent. Tube planétaire et inoxydable, à la suite des remixes sauvages de ses jerks à l’orée du XXIème siècle et de sons « plus actuels » ajoutés ensuite par l’auteur, la Messe renaît dans une instrumentation revisitée par Balasse et « son » groupe pop, avec guitares et claviers électriques, pianos préparés, flûte et batterie. L’ineffable parfum soixante-dix de la fusion jazz-rock (ça balance !) associé aux effets larsens et autres balbutiements des premiers instruments de la musique concrète du Studio d’Essai fondé par Schaeffer – certains recopiés à l’identique – atteint un baroque paroxystique que n’aurait pas renié Dali… Ni Pierre Henry lui-même, le maître absolu du montage et des rapprochements les plus hautement surréalistes, qui avait approuvé cette version discutée avec Thierry Balasse, à l’imagination si prompte. Devant le succès de cet hommage hors du commun, ce dernier revenait sur la scène du 104 pour expliquer la genèse et les instruments de cette Messe pop. 
Le lendemain, la reprise par Le Balcon de la version de 2017 tout aussi décoiffante de Dracula, pour dix-huit musiciens et électronique, montrait de nouveau combien l’œuvre de Pierre Henry lui survit. La charge expressive de Dracula –  le cinéma horrifique britannique de la Hammer combiné avec la « monstruosité » orchestrale du génial Wagner – dopée par le souffle de cuivres chauffés à blanc et le rythme souterrain et proliférant du violoncelle tricoté dans les cordes du piano, impose, plus encore qu’à sa création, à l'Athénée (voir ici ), la dynamique implacable d’un des opus les plus intensément lyriques du compositeur. Une course échevelée pleine de bruits et de fureur, une Apocalypse à la puissance 4 fomentée par Fafner, dragon réveillé de son sommeil et extirpé de la caverne wagnérienne, dirigée avec une précision diabolique par le talentueux Maxime Pascal – lui aussi adoubé par le compositeur pour cette version revisitée. 
Henry, présent et éternel avec le troisième concert à l’orée de la nuit, où il s’agissait de découvrir en création mondiale Dimanches noirs, pour piano « traditionnel » (!), par Cécile Maisonhaute – qui avait pu peaufiner son interprétation à son contact. Un inédit de 1945, époque où le percussionniste, pianiste et compositeur suivait les cours de Messiaen. Une partition foisonnante, avec des arêtes saillantes et des blocs qui s’entrechoquent comme un tableau cubiste. Manière pour le compositeur d’annoncer l’avenir de sa musique, libre, indépendante et résolument tournée vers les arts plastiques. En conclusion, Thierry Balasse revenait à la console de diffusion pour La Note seule, seconde création : une musique à la fois effervescente et plongée dans des abysses, où tinte une horloge qui bat la chamade comme un cœur déréglé pour finir « dans une harmonie de pauvreté » (Henry). Troisième création et commande de Radio France, Grand tremblement se veut, avec sa courbe nerveuse et resserrée, un inventaire des « pulsions rythmiques » et des « aventures avec un piano ». Galop, chant agité, trépidation, course imaginaire : Henry résume son alphabet « précaire et fugitif », mais l'inscrit en majesté dans un espace à l’acoustique superlative. Qui, mieux que lui, sait nous faire écouter l’inouï ?              
Franck Mallet
 
 
Les concerts des 8 (« Concert pour le temps présent » par la Compagnie Inouïe Thierry Balasse, 21h) et 9 (« Concert anniversaire – 3 créations », 20h) décembre en réécoute sur www.francemusique.fr et www.radiofrance-podcast.net 
 
Les concerts des samedi 9 (18h) et dimanche 10 (11h30) Dracula par Le Balcon, ainsi que celui du dimanche 10 (16h) décembre « Hommage de l’Ina GRM à Pierre Henry » - œuvres de Pierre Schaeffer, Henry & Schaeffer, François Bayle, Iannis Xenakis, Luc Ferrari et François-Bernard Mâche, seront diffusés à une date ultérieure.
 
Coffret anniversaire (12 CD) Pierre Henry Polyphonies « 29 œuvres dont 9 inédites » présentées par le compositeur - Radio France Éditions / Decca (Universal).
 
 

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