Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Yefim Bronfman, la folie en moins
jeudi 16 mai 2013 à 00h45

Récital à la salle Pleyel de Yefim Bronfman. Public averti, beaucoup de jeunes, mais rangs clairsemés : cet Américain né Ouzbek et formé en Israël est peu médiatisé en France, où l’on se méfie de ces virtuoses grand format soupçonnés d’hollywoodiser le piano. Le programme va à l’encontre de cette idée reçue : 60ème Sonate de Haydn, une des dernières, tendant la main à Beethoven, la 3ème du jeune Brahms (approuvée par Schumann), et la 8ème de Prokofiev, sonate « de guerre » (1944), dont le classicisme officiel débouche sur des flambées rappelant le passé avant-gardiste du compositeur. Point commun de ces trois pièces : le mystère, l’ambiguïté, la finesse l’emportant sur la violence. Même contraste entre l’aspect massif du pianiste, son refus de toute sentimentalité, sa dynamique phénoménale (les forte claquent comme des drapeaux) et la légèreté naturelle de son toucher. On pense aux grands Russes, Richter, Gilels (créateur de la 8ème de Prokofiev), la folie visionnaire en moins. C’est peut-être cet « en moins » qui empêche Yefim Bronfman d’être une légende du piano.

François Lafon