Vendredi 30 octobre 2020
Concerts & dépendances
Walkyrie bordelaise à l’Auditorium
samedi 18 mai 2019 à 21h33
Bad Boy de l’interprétation wagnérienne depuis sa malheureuse aventure à Bayreuth, le baryton-basse Evgeny Nikitin, avec son look  hard-rock, a servi incontestablement de modèle à la jeune metteur en scène Julia Burbach pour sa nouvelle Walkyrie de l’Opéra de Bordeaux. Sa queue de cheval se retrouvait dans chacune des longues tresses ornant la coiffure des Walkyries… Plus sérieusement, ce  spectacle révélait une fois encore l’extraordinaire adéquation entre l’ONBA (l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine) et ses chanteurs, grâce à un Auditorium qui dispose d’une fosse d’orchestre située à quelques mètres sous la scène. Certes, le plateau est étroit et, hélas, il n’y a pas de cintre en hauteur pour suspendre un décor comme dans une cage d’opéra, mais le chef d’orchestre Paul Daniel obtient un tel équilibre sonore et une telle clarté des timbres, qu’on est aussitôt transporté au cœur du drame wagnérien… Enfin une vraie salle moderne conçue pour l’acoustique, et non un hall de gare ! Cerise sur le gâteau, la distribution vocale, qui mêle découvertes absolues et gloires établies, comme Nikitin en Wotan, bien sûr, corbeau noir hérissé d’une houppelande, qui peine un peu dans le grave lorsqu’il paraît au deuxième acte, avant que sa voix ne s’échauffe pour atteindre l’ampleur requise – ce qui n’empêche nullement le chanteur russe d’apporter la sensibilité et la douceur blessée que réclame son rôle. La Brünnhilde, peut-être trop incandescente, d’Ingela Brimberg, convainc néanmoins (elle reprendra le rôle à Madrid en février 2020), tout comme le Hunding vaillant de Stefan Kocan. La surprise vient des interprétations intenses du couple Sieglinde / Siegmund – Sarah Cambidge et Issachah Savage (photo), deux jeunes chanteurs au palmarès solide, qu’on devrait retrouver en France –, et celle de la superbe Fricka de la Française Aude Extrémo. Plans inclinés et grand écran où défilent des images assez subtiles (Tal Rosner), du moins à l’acte I, les forêts irisées et le frêne sacré aux éclats lumineux  – qui n'est pas sans rappeler celui de la production de la Fura dels Baus, à Valencia, mais bon… –, car à l’acte II, ça se gâte avec un inutile ballet de sigles géométriques, et au III, le feu allumé par Wotan manque d’envergure. Tout cela est négligeable, face au jeu des chanteurs qui, malgré l’espace limité, offrent un spectacle réjouissant, d’autant plus somptueux sous la baguette de Paul Daniel.  

Franck Mallet

16 mai, Auditorium, Bordeaux (Photo © Éric Boulimié) Prochaines représentations 20 & 23 mai
 

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