Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Un Macbeth à marquer d’une pierre blanche
mardi 5 mai 2015 à 09h37

Comme Macbeth est une pièce d’une profonde noirceur sur fond de folie meurtrière, une suite de huis clos aussi bien naturels qu’intellectuels, Mario Martone a axé la mise en scène sur un espace dégagé de tout élément matériel inutile, où l’impression de vide est supplantée par celle de l’inconnu, où les lumières, enfin, directes ou par jeux de filtre ou de réflexion, guident sans faillir l’action : elle centre toute l’attention sur la musique et sur les voix. Et quelle musique ! Daniele Gatti démarre en force, on imagine même qu’il y a deux orchestres en fosse. Mais non, un seul suffit bien sûr, et c’est l’Orchestre National de France, qui montre qu’on peut être tonique et subtil à la fois. On se demande même si les voix passeront. Mais dès le début, les chœurs s’en donnent à pleine gorge, avec jubilation, à l’unisson, et une belle diction. Chaque membre paraît prendre plaisir à cette débauche vocale : c’est à s'interroger sur cette métamorphose du chœur de Radio-France. Arrivent Macbeth (Roberto Frontali), Lady Macbeth (Susanna Branchini), puis Branquo (Andrea Mastroni), qui passent l’épreuve de force de façon stupéfiante, rugueux à souhait pour les deux premiers, plus en rondeur pour le troisième, même si Susanna Branchini souffre quelque peu dans les aigus : à cette intensité, cela se comprend. Cette production va jusqu’à présenter (acte IV) un Macduff palot et un Malcom caricatural dans le style du ténor rondouillard à la voix d’or mais aux semelles de plomb. Ce parti, sans doute non voulu, a pour effet de renforcer plus encore la présence tutélaire des Macbeth/Branco, et n’enlève rien à la magie délirante de l’ensemble.

Albéric Lagier

Théâtre des Champs-Élysées, 4, 7, 11, 13 et 16 mai 2015. Sur France Musique le 16 mai. Photo © Vincent Pontet/TCE