Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Un Barbier décomplexé
dimanche 23 janvier 2011 à 00h31

Comme on parle de droite décomplexée, on parlera bientôt d’opéra décomplexé. Hier soir, au Châtelet, ovation pour Le Barbier de Séville de Rossini mis en scène par Emilio Sagi, connu dans la maison pour y avoir monté Le Chanteur de Mexico et La Mélodie du bonheur. Décors mouvants, flamenco comme à Séville (on oublie souvent que ça se passe là), montgolfière rose emmenant Rosine et le Comte au septième ciel. Là où, naguère à l’Opéra Bastille, cheikh-Bartolo cachait sa pupille sous un tchador (mise en scène de Coline Serreau), ce ne sont que pas de danse et amours heureuses. A la question « Et la critique sociale ? » Sagi répond : « Rossini se plait à critiquer la morale établie, à singer la société de son époque, et il le fait avec grâce et minutie ». Comme tout le monde chante bien, à commencer par l’époustouflant ténor Bogdan Mihai, comme Jean-Christophe Spinosi fouette le crescendo comme un pâtissier fait monter une crème, on sort heureux. Sans oublier, tout de même, le tchador de Rosine.

François Lafon

Châtelet, Paris, les 24, 26, 28, 30 janvier. Le spectacle, filmé en 2005 au Teatro Real de Madrid avec Maria Bayo et Juan Diego Florez, est disponible en DVD (Decca)