Mercredi 12 août 2020
Concerts & dépendances
Scriabine de un à dix
jeudi 6 juin 2013 à 00h05

Dans la série Convergences à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, la jeune pianiste franco-arménienne Varduhi Yeritsyan joue en deux soirées les dix Sonates d’Alexandre Scriabine. Austère, a priori : des premières Sonates liszto-rachmaninoviennes aux dernières, « ponts jetés entre le visible et l’invisible » brouillant tous les repères de forme et de tonalité, le voyage mystico-symboliste peut prendre des allures de bad trip. Pour baliser le chemin et permettre à la pianiste de souffler entre chaque pièce, un acteur lit des textes, parfois abscons, souvent trop longs, mais toujours en sympathie avec la musique : Pasternak, Maïakovski, Andreiev (le magnifique « Rire rouge »), Blok, Mandelstam, Zamiatine, Akhmatova, Scriabine lui-même. Plus en phase avec l’exubérant Olivier Py, le second soir, qu’avec le trop neutre Pascal Greggory, qui le remplaçait (presque) au pied levé la veille, Varduhi Yeritsyan tient le choc, plus motivée encore par les folies digitales de « Messe blanche », « Messe noire » ou de la « Sonate des insectes » (n° 7, 9, 10). Pourquoi le piano de Scriabine à l’Opéra ? « Une cosmogonie non moins ambitieuse que celle de Wagner », répond le programme. La consécration, en tout cas, d’une diva du clavier.

François Lafon

 

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