Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Saintes 2018 – 6 : La voie des voix
lundi 30 juillet 2018 à 20h27
Bach sans surprise mais d’excellente facture à l’occasion de l’avant-dernier concert du Festival. L’ensemble Vox Luminis, fondé à Namur en 2004 par le chef Lionel Meunier, apparaît avec toute sa splendeur vocale dans deux des quatre Messes brèves, les BWV 234 et BWV 235. Il manque un « je-ne-sais-quoi » de plus personnel à cet orchestre, pourtant à l’unisson avec le chœur, où se démarquent les interventions solistes de la soprano Zsuzsi Toth - bouleversant Qui tollis peccata mundi réécrit d’après un fragment de la Cantate BWV 179 –, et d’Alexander Chance, voix supra angélique au sein du trio pour alto, cordes et continuo Quoniam tu solus
En clôture, retour du chef d’orchestre Philippe Herreweghe, toujours très actif dans le répertoire symphonique avec Bruckner, une vieille connaissance (Symphonie n° 4) et les Wesendonck-Lieder de Wagner. Un raffinement extrême des timbres – Orchestre des Champs-Élysées somptueux ! – accompagne la soprano Kelly God dans ces cinq études préparatoires pour Tristan et Isolde. Peu connue encore en France, la soprano néerlandaise s’est essentiellement distinguée au Staatsoper de Hanovre (Senta du Vaisseau fantôme, en 2017), et c’est une vraie découverte à laquelle nous convie le chef d’orchestre, qui a trouvé là une voix idéalement envoûtante, nacrée et quasiment sans vibrato, aussi juste dans l’exaltation comme la demi-teinte – avec un texte d’une lisibilité inouïe. 
Plus intense, mais aussi plus réfléchie que dans ses premières interprétations brucknériennes, Philippe Herreweghe a désormais trouvé une voie personnelle avec le compositeur et organiste de Saint-Florian, sur instruments d’époque. En concert, les gradations obtenues dans cette 4ème et cette manière typique qu’il a désormais de faire chanter l’ample volume de l’orchestre sans jamais forcer le trait – final aérien ! –, mériteraient amplement que le chef ne s’arrête pas en si bon chemin, et qu’il aborde en concert comme sur disque la totalité du corpus symphonique de Bruckner.
 
Franck Mallet
 
(Photo : Kelly God et Philippe Hereweghe © Sébastien-Laval)