Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Radu Lupu, étrange dichotomie
vendredi 4 avril 2014 à 00h23

A Pleyel, Radu Lupu joue le 1er Concerto pour piano de Beethoven avec Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris. Calé sur sa chaise, totalement immobile pendant l’introduction, il ne détend les bras qu’au dernier moment : étrange dichotomie entre cette fulgurance et le son Lupu, doux et perlé jusque dans les fortissimos. Les trois mouvements filent ainsi, entre rêve et réalité, accompagnés par un orchestre lui aussi entre ciel et terre : une revanche, dix-huit ans après un cycle Beethoven où Lupu et Wolfgang Sawallisch n’étaient pas arrivés à faire cause commune. En bis, L’Oiseau Prophète, des Scènes de la forêt de Schumann. Même détente des bras, même intimité sonore, même impression de dilettantisme, et pourtant cet Oiseau vole très haut, et traverse des régions rarement atteintes. En ouverture, le Mouvement lent (Langsamer Satz) du jeune Webern (22 ans) marchant dans les pas de Brahms et Mahler ; en seconde partie, la 4ème Symphonie de Mahler, dirigée à la pointe sèche par Järvi - et d’autant plus inquiétante sous ses airs de gentil répit entre les écrasantes 3ème et 5ème. Autre apparition magique : la mezzo Katija Dragojevic, entrant au moment où le « tranquille » (Ruhevoll) Adagio éclate en mille couleurs et chantant le lied final avec le mélange d’innocence et de sensualité qui en fait le mystère.

François Lafon

Salle Pleyel, Paris, 2 et 3 avril Photo © DR