Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Puccini et les modernes
mardi 31 janvier 2012 à 10h33

« C'est quoi les gens modernes ? » demande un enfant qui a tout compris à la fin de Von Heute auf Morgen, d’Arnold Schönberg. C'est aussi la question que pose Serge Dorny au Triptyque de Puccini. Plutôt que de proposer, ces trois courts opéras en une soirée, le directeur de l'Opéra de Lyon a confronté chaque volet à un ouvrage en un acte contemporain : Il Tabarro / Von Heute und Morgen de Schönberg ; Suor Angelica / Sancta Susanna de Hindemith ; Gianni Schicchi / Une tragédie florentine de Zemlinsky. Ce triple jeu de miroirs fonctionne à merveille : les ambitions artistiques, esthétiques et politiques de Puccini saillent comme jamais. Quant aux trois ouvrages germanophones, ils tracent une stupéfiante carte des modernités entre 1917 et 1930. À sa façon, chacun est un brûlot : sociétal (Von Heute und Morgen) avec ce couple tenté de vivre à la « moderne » (chacun mènerait sa propre vie amoureuse) ; moral (Une tragédie florentine) avec une épouse vénéneuse qui, pour retrouver son mari, le laisse assassiner son amant ; et, surtout, religieux (en matière de blasphème, la pièce Golgota picnic de Rodrigo García est une bluette à côté de Sancta Susanna). Sur scène, les distributions sont au pire opportunes, au mieux d'un exceptionnel standard international. Scéniquement, les ouvrages germaniques l'emportent, grâce aux metteurs en scène John Fulljames (Hindemith et un très élégant Schoenberg), et Georges Lavaudant au mieux de sa forme (Zemlinsky). Comme quoi une maison d’opéra peut être l'égale des grandes institutions théâtrales (Schaubühne de Berlin, Théâtre Vidy de Lausanne, Théâtre national de l'Odéon). Pourquoi l'Opéra de Paris ne s’y mettrait-il pas ?


Frank Langlois

Opéra National de Lyon, jusqu’au 13 février http://festival-puccini.opera-lyon.com/le-festival/ Photo © DR