Jeudi 29 octobre 2020
Concerts & dépendances
Présences 2020 - 2 : Writen on skin, déjà classique
samedi 15 février 2020 à 00h07
Moment fort du Festival Présences à la Philharmonie de Paris : Written on skin de George Benjamin – invité de l’année (voir ici) – dirigé par lui-même. Dans Musikzen (voir ) à propos de la création (mise en scène de Katie Mitchell) : « Prochain test : une autre équipe, une autre vision. Si l’ouvrage en sort victorieux, il sera un classique ». Mieux encore ce soir : l’ouvrage, est donné en version de concert comme un pilier du répertoire, sa structure même (répliques à la troisième personne, inclusion des didascalies dans le dialogue) se prêtant idéalement au jeu. Pas tout à fait en concert d’ailleurs : discrètement mis en espace par Dan Ayling, il révèle une autre dimension, l’intimisme. Un couple – le Protecteur (c’est tout dire) et son épouse l’innocente et illettrée Agnès -, trois anges dont l’un va sortir du groupe pour devenir « le Garçon », enlumineur (qui « écrit sur la peau » - le parchemin) et révélateur de la femme à elle-même au risque de sa propre vie, nous font voyager immobiles du Moyen-Age provençal à notre temps pour une nouvelle variation sur le thème du « Cœur mangé », motif shakespearien que le « texteur » Martin Crimp (il n’aime pas le terme librettiste) pare de sa prose inimitable mixant l’ailleurs et le quotidien et dont Benjamin magnifie l’étrangeté avec une violence et une délicatesse qui font de lui l’héritier de Debussy et de Britten. Plateau superbe et renouvelé, Georgia Jarman remplaçant – comme elle l’avait fait à Lyon dans Lessons in Love and Violence des mêmes auteurs (voir ) - la créatrice Barbara Hannigan, entouré du contre-ténor Tim Mead (le Garçon) et du baryton Ross Ramgobin (le Protecteur), Philharmonique de Radio France - augmenté d’une viole de gambe et d’un harmonica de verre - applaudissant en connaisseur le chef-compositeur aux saluts. Avant le concert : rencontre publique avec Crimp et Benjamin. Savoureux dialogue dans un français imaginatif ("Entre nous, nous sommes sucrés", dit Benjamin) sur une collaboration que le présentateur Arnaud Merlin compare à celles de Mozart et Da Ponte ou de Strauss et Hofmannsthal (sourire des intéressés), d’où il ressort que sur les références littéraires (Walter Benjamin), picturales (Klee), psychanalytiques et symboliques dont les commentateurs ont fait leur miel depuis la création de l’ouvrage en 2012, prend le pas pour les créateurs le  souci  de rester clair, d’éviter tout didactisme, de ne pas faire ce qui est attendu, de mettre les chanteurs vocalement à l’aise (rare dans l’opéra contemporain) et de ne pas surligner les affects. Mozart et Da Ponte ne les auraient certainement pas désavoués. 
François Lafon 

Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez, 14 février - 30ème Festival Présences, jusqu’au 16 février - Disponible sur www.francemusique.fr (Photo © Chris Christodoulou)

 

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