Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Platée : l'oisiveté est mère de tous les vices
mardi 15 avril 2014 à 18h20

Le Platée de Robert Carsen souffre d’un mal fatal, celui d’être inévitablement jugé à l’aune de la version Pelly/Minkowski produite à l’Opéra Garnier voilà 15 ans, version devenue mythique et faisant résolument le pari du comique. Robert Carsen, conscient de la chose, fait un choix diamétralement opposé, celui d’un Platée grinçant et bourré de vices de conception. Son monde cruel, fait de Liaisons dangereuses entre gens qui ne sont pas du même milieu, est celui de la mode. Si la satire de ce microcosme fonctionne jusque dans les moindres détails, c’est sans craindre que ces détails ne froissent et Cybèle et Melpomène. On se plait alors à l’idée, réfutable, que ces faiblesses sont calculées : toujours est-il qu’elles collent au propos. Une foule compacte danse avec à peu près autant de grâce que les fashion victims au Queen. Les danseurs et danseuses « professionnels » pastichent un art contemporain abscons – hormis une brochette masculine qui détonne en qualité – scènes ennuyeuses comme le souhaitait Rameau. Car c'est là tout le problème : cette Jet-set s'ennuie terriblement. Du coup, La Folie est massacrée par Simone Kermès qui nous rappelle que Madonna, eh oui, est inimitable, et laisse libre cours, c’est aisé, à une diction calamiteuse. De belles images se succèdent : la scène du nuage (début de l’acte II), par exemple, provoque un silence ému dans la salle. Les clins d’œil appuyés aussi s'accumulent (l'ennui, toujours l'ennui), dont le Jupiter/Lagerfeld convenu tant il est criant de vérité, et ainsi de suite, jusqu’au final. Ce final vers lequel Marcel Beekman en Platée nous aura menés par un sans faute à la fois vocal et scénique. Un grand coup de chapeau à ce ténor chaplinesque, quand, il y a quinze ans, Paul Agnew lorgnait du côté de Buster Keaton. Paul Agnew, justement, qui dans ce Platée dirige les Arts Florissants. Alors saluons William Christie, grand pédagogue, tant l’élève a su au moins égaler son Maître : c’est tout dire.

Albéric Lagier.

Paris, Opéra Comique, les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014. Photo © DR