Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Pierre-Laurent Aimard et les théâtrocrates
jeudi 27 septembre 2012 à 10h45

A la Cité de la musique, clôture par le pianiste Pierre-Laurent Aimard du cycle Bach/Kurtag. Six concerts en une semaine, dont un de György Kurtag lui-même au piano avec son épouse Marta. En exergue : « Je ne crois pas littéralement à l’Evangile, mais dans une fugue de Bach, la crucifixion est là, on entend les clous. Je cherche sans cesse, dans la musique, là où l’on enfonce les clous ». Aimard suit Kurtag à la lettre, enchaîne Capricioso-luminoso (Kurtag) et le Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992 (Bach), enfonce comme des coins Versetti et pièces In Memoriam de Kurtag entre canons et ricercars de L’Art de la fugue ou de L’Offrande musicale. Le procédé se justifie, l’alliage se fait, le contemporain n’est pas ridicule face au grand ancêtre. La violence vient du jeu d’Aimard : du piano parfait, une technique sans faille, une puissance intellectuelle implacable, mais l’impression, depuis la salle, que l’interprète est dans sa tour d’ivoire, que l’univers des formes pures est au-delà des contingences du concert. Applaudissements timides. Un antidote, au moins, à la théâtrocratie dénoncée par l’ethnologue Georges Balandier.

François Lafon

Photo © DR