Lundi 9 décembre 2019
Concerts & dépendances
Phèdre sans Racine, traitement malin
dimanche 11 juin 2017 à 20h19
Suite, aux Bouffes du Nord, du festival Palazzetto Bru Zane (voir ici) : Phèdre, de Jean-Baptiste Moyne, dit Lemoyne (1786). Une œuvre à la croisée des chemins : retour, cent ans après, aux fondamentaux louis-quatorziens - Racine, mais réécrit, la Comédie Française ayant fait interdire l’utilisation de l’original, glorification de la tragédie lyrique selon Lully et Rameau, mais passée par la « réforme » initiée par Gluck et la Querelle de Bouffons (livret de François-Benoît Hoffmann, futur librettiste de la Médée de Cherubini). Traitement malin, par Benoit Dratwicki, de ce long objet lyrique oublié dû à un compositeur qui ne l’est pas moins, conçu en son temps pour faire briller la diva Saint-Huberty : une réduction d’une heure et demie pour quatre chanteurs et dix instrumentistes. Non moins astucieux et cohérent le parti pris par le metteur en scène Marc Paquien de placer les musiciens comme les pièces d’un échiquier sur lequel les acteurs jouent leur vie. Plus de fiancée (Aricie) ni de précepteur (Théramène) pour Hippolyte, rien que les fureurs amoureuses de sa belle-mère Phèdre aiguillonnée par sa nourrice Oenone et celles, vengeresses, de son père Thésée. Maquillé d’or, vêtu à l’antique (très) revisité, le quatuor (Judith Van Wanroj, Diana Axentii, Enguerrand de Hys et Thomas Dolié, formidable Thésée) ressuscite la grande diction classique, si souvent mise à mal, secondé par Julien Chauvin - cinquième héros tragique - dirigeant, violon en main, son non moins excellent Concert de la Loge. 

François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, 11 juin. En différé sur France Musique le 27 juin à 20H. Reprise à l’Opéra de Reims le 10 novembre 2017 (Photo © Grégory Forestier)