Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Passion : Stephen Sondheim off-limits
samedi 19 mars 2016 à 00h19

Musical annuel (le cinquième) de Stephen Sondheim au Châtelet : Passion. Un des moins connus et pour cause. Inspiré du roman Fosca d’Iginio Ugo Tarchetti (un classique en Italie) via Passione d’amore, le film qu’en a tiré Ettore Scola en 1981, c’est un sujet risqué pour Broadway : trois personnages et quelques comparses, pas de ballets, une dramaturgie complexe (transposition à la fois onirique et distanciée de la forme épistolaire du roman) et une histoire tragique, celle d’un beau soldat qui trahit jusqu’à la folie sa non moins belle maîtresse avec une femme laide et perturbée. Un rôle en or pour Natalie Dessay (« Une hystérique dans un Sondheim, j’ai dit oui tout de suite »), utilisant – sono aidant – les graves que sa voix d’opéra lui refusait, un pari qui ne pouvait que tenter Fanny Ardant (laquelle parle, elle, de « saut dans le vide ». Sans jeu de mot ?) pour sa deuxième mise en scène in loco, après la plus souriante Véronique de Messager : un univers nocturne, un paysage mental ponctué par les toiles en noir et blanc du plasticien Guillaume Durrieu et parcourue par les superbes costumes (quelles crinolines !) de Milena Canoreno. Musicalement, du pur Sondheim : harmonies aussi complexes qu’inattendues (habiles orchestrations de Jonathan Tunick pour un  gorgeous Philharmonique de Radio France), pas de solution de continuité entre le parlé et le chanté, mais aussi le soin de ne pas désarçonner le public, de lui faire entendre « Une longue chanson rhapsodique ». Un peu frustrant en l’occurrence, même de la part d’un compositeur qui déclare : « Pendant toute mon existence, j’aurai résisté aux séductions de l’opéra ».

François Lafon

Châtelet, Paris, jusqu’au 24 mars. Sur France Musique le 23 à 19h Photo © Théâtre du Châtelet/Marie-Noëlle Robert