Dimanche 25 août 2019
Concerts & dépendances
Orfeo aux Bouffes, artisanat furieux
mercredi 18 janvier 2017 à 00h38
Aux Bouffes du Nord : Orfeo, je suis mort en Arcadie, version « artisanat furieux » signée Samuel Achache, Jeanne Candel et Florent Hubert de l’opéra de Monteverdi, dans la lignée de leur moliérisé Crocodile trompeur - Didon et Enée (voir ici) et, dans une moindre mesure, de La Traviata, vous méritez un avenir meilleur (et ici) monté aux mêmes Bouffes à la rentrée dernière par Benjamin Lazar avec le succès que l’on sait. Même esprit fou, même bric-à-brac, mêmes digressions philosophico-dérapantes, même traitement bastringue de la musique que dans Crocodile…, si ce n’est que le style opéra-circus y est plus discipliné (si l’on peut dire), et colle davantage à l’œuvre que ne le faisait le Didon et Enée de Purcell, lequel prenait par moments des airs d’intermède découpé en tranches. Chanteurs et acteurs, mais aussi musiciens, clowns, acrobates et accessoiristes (le nettoyage de la scène couverte d’eau savonneuse est un moment fort), tous savent tout faire, vêtus selon un savant n’importe quoi mêlant les époques, parlant jeune et bougeant de même, transgressifs sans ostentation, en fin de compte très mode : une fashion attitude qu’ils ont contribué à lancer, et que l’on retrouve au théâtre dans l’impresionnant Karamazov actuellement donné à Saint-Denis (voir ici). On sort apparemment du sujet, on n’entend pas beaucoup de Monteverdi, et pourtant ledit sujet est traité : c’est bien à la naissance du genre opéra que l’on assiste, à cette folie qui a enfanté quatre siècles de créations, idée suggérée par la scène finale, où l’apothéose d’Orphée dans le giron de son père Apollon est remplacée par une déploration due à un musicien beaucoup plus tardif, passé maître dans l’évocation de la mort et de la résurrection, si ce n’est de la transfiguration (à vous de deviner).  
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 5 février. En tournée française jusqu’au 24 mars (Photo © Jean-Louis Fernandez)