Samedi 20 juillet 2019
Concerts & dépendances
Opéra de Paris : La Cenerentola, Fille du feu
dimanche 11 juin 2017 à 00h37
Au Palais Garnier, nouvelle mise en scène signée Guillaume Gallienne de La Cenerentola de Rossini. De l’acteur et auteur de Les garçons et Guillaume, à table !, on redoutait un quelconque Les filles mais pas Cendrillon, à table ! Eh bien pas du tout. On chercherait même en vain, depuis la relecture injustement oubliée de Jean-Marie Villégier à la Monnaie de Bruxelles (1983), traitement plus juste de la mélancolie qui anime ce « dramma giocoso » (« drame joyeux », comme le Don Giovanni de Mozart) où la fée est remplacée par un philosophe, où le conte devient fable morale (« Le Triomphe de la bonté »). Le contraire, ou l’envers du spectacle célèbre signé Jean-Pierre Ponnelle repris sur cette même scène ces dernières années, mouvement perpétuel frénétiquement calqué sur la musique. Belles idées, comme ces femmes de tous âges en robes de mariées rêvant du Prince charmant, ou comme la rencontre de Cendrillon la déclassée avec un Prince boiteux – coup de foudre entre deux malheurs. Coup de maître aussi – réinjectant le fantastique dans l’histoire – que cette vision de la Fille de Cendres devenant Fille du feu dans une Naples en proie à l’orage (fameux épisode orchestral). Rien de lourd ni de démonstratif cependant, n’étaient des costumes peux seyants (la robe verte de Cendrillon au bal !) ou l’aspect menaçant des décor d’Eric Ruf, palais décatis couleur lave séchée. Dans la fosse, le chef Ottavio Dantone épouse finement ce ton « semiseria », au risque d’estomper les couleurs de l’impeccable Orchestre de l’Opéra. Chanteurs en majorité italianophones, dramatiquement bien dirigés mais vocalement inégaux, tels Teresa Iervolino, Cendrillon très jeune au timbre chaud face à Juan José De Léon, Prince à l’aigu facile mais à la vocalise hasardeuse, ou Alessio Arduini, valet « dans la tradition » (mais pas celle du spectacle), éclipsé par Roberto Tagliavini, aussi élégant que bien chantant dans le rôle clé du philosophe.
François Lafon 

Opéra National de Paris – Palais Garnier, jusqu’au 13 juillet. En direct au cinéma le 20 juin à 19h30, et sur Culturebox le 22, diffusion ultérieure sur France 3 (Photo © Vincent Pontet / OnP)