Vendredi 18 octobre 2019
Concerts & dépendances
Opéra de Paris : Don Giovanni, le jeu de l’envers
mercredi 12 juin 2019 à 00h05
Nouveau Don Giovanni au Palais Garnier mis en scène par Ivo van Hove, succédant à la version « tour de la Défense » signée par Michael Haneke en 2006 (voir ici). Sans gommer - à la différence de ce qu’avait fait son prédécesseur - la dimension métaphysique de la fable, van Hove s’est donné pour principe de retourner aux sources du mythe : plus de Don Juan libérateur, voire révolutionnaire tel que l’ont récupéré les romantiques, mais un violeur et un assassin, le « dissoluto punito » (premier titre de l’ouvrage) dénoncé par Mozart dès les premières scènes, anticipant l’actuelle dénonciation par les femmes de la domination masculine et la crainte des hommes de voir leurs privilèges remis en cause. Des options fortes, mais abstraites et souvent exploitées, oubliant que c’est l’ambiguïté qui fait les grands mythes. Mais van Hove va plus loin, et trompe habilement son monde. Pas d’empathie possible : tout est gris, le décor façon Piranèse bétonné, les costumes (modernes) sans grâce, l’orchestre massif. Don Giovanni (Etienne Dupuis) a des allures de haut fonctionnaire, méchant homme même pas grand seigneur, flanqué d’un Leporello qui, lui, a tout d’un Don Juan (Philippe Sly, ailleurs Don Giovanni vif-argent). Tout est dans ce duo à l’envers : on comprendra à la fin que c’est le monde entier qui, via le petit groupe de survivants, s’est révolté contre le séducteur/prédateur/dominateur (lecture politique, en atteste une séance de poings levés), et que ce n’est que sans lui que les fleurs peuvent de nouveau pousser (clin d’œil décoratif). Un dénouement un peu schématique, mais dans le sens des moralités d’époque. Plateau de qualité mais légèrement déséquilibré, où dominent, outre le duo maître-valet précité, Elsa Dreisig (Zerlina) et Stanislas de Barbeyrac, Ottavio classieux, sous la baguette sérieuse et millimétrée de Philippe Jordan. Opération réussie donc, frustration comprise. 
François Lafon

Opéra National de Paris - Palais Garnier, du 11 juin au 13 juillet – En direct sur Culturebox, Radio Classique et au cinéma le 21 juin (Fête de la musique) – Ultérieurement sur France 2 (Photo © Charles Duprat/OnP)