Vendredi 23 août 2019
Concerts & dépendances
Opéra Bastille, version de concert
mercredi 29 mai 2013 à 00h13

Mahler et Chostakovitch pour l’inauguration de la nouvelle conque modulable de l’Opéra Bastille. Une immense boite de bois, assez belle et acoustiquement performante, comme pour rivaliser avant l’heure avec la Philharmonie de Paris. Grands effectifs et musiques de l’extrême : des antidotes peut-être, pour Philippe Jordan, au Crépuscule des dieux actuellement au programme. Entre rêve d’harmonie universelle et kafkaïenne « course incessante, comme contre un mur » (Eberhardt Klemm), l ’Adagio de la Xème Symphonie de Mahler ressemble moins que jamais à un adieu, mais perd en transparence ce qu’il gagne en étrangeté. Timbres superbes, quand même, de l’Orchestre de l’Opéra, auquel s’ajoutent, pour la XIIIème Symphonie « Babi Yar » de Chostakovitch, les somptueuses voix graves des chœurs maison et du Chœur Philharmonique de Prague. Là, Jordan ose le grand spectacle et le travail au petit point, et emporte la partie en compagnie de la basse solo Alexander Vinogradov, physique de jeune homme sage mais voix de bronze et émotion maximale pour détailler les poèmes d’Evgueni Evtouchenko maniant l’horreur collective (le carnage nazi de Babi Yar) autant que l’autodérision, et finissant sur fond de musique doucement céleste par un credo minute qui pourrait être celui de Chostakovitch : « Ma façon de faire ma propre carrière, ce sera de ne pas la faire ». Public jeune, tapant des pieds comme au Zénith. L’Opéra Bastille, enfin théâtre populaire ?

François Lafon