Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Monteverdi 3 : Mars (en baroque), et ça repart !
jeudi 16 mars 2017 à 11h55
Anniversaires obligent, outre les 450 ans de la naissance de Monteverdi, le Concerto Soave, cofondé à Marseille par le claveciniste Jean-Marc Aymes et la soprano Maria Cristina Kiehr, fête, lui, plus modestement, ses 25 ans, à l’occasion de la nouvelle édition de « son » festival Mars en Baroque. Cette année, les artistes invités sont moins nombreux (Musicatreize, le récitant Benjamin Lazar et le compositeur Zad Moultaka), au profit de l’ensemble, très sollicité. Rappelant la place particulière des bals et des fêtes en Italie jusqu’à la Renaissance, Aymes justifiait ainsi le spectacle « Corpi Ingrati » pour sa première collaboration avec le Ballet national de Marseille (BNM). Des œuvres chorégraphiques de Monteverdi, musicien pour la cour, comme ce Ballo di Tirsi e Clori  donné en première partie, combiné au Ballo Volgendo il Ciel et un pasamezzo (instrumental) de Biagio Marini.
En seconde partie - double signature chorégraphique d’Emilio Greco et Pieter C. Scholten (équipe directrice du BNM depuis 2014) -, Il Ballo delle Ingrate, le plus célèbre ballet de Monteverdi, connaît une actualisation farouche… à un mois de la présidentielle française. Ces Ingrates, châtiées pour avoir refusé de se soumettre aux dictats masculins dans l’original du livret de Rinuccini, devient dans le regard convergent du chorégraphe et du metteur en scène un manifeste contre l’oppression. Tout en respectant les indications scéniques du XVIIème siècle (bouche des Enfers, vêtement des Âmes Ingrates couleur cendre, gestes de lamentation, etc.), ils enrichissent l’espace sonore de fragments de discours des candidats à la présidence, et confient aux (très) jeunes danseurs des pancartes couvertes des habituels slogans creux délivrés en de telles circonstances. « C’est violent, mais cohérent », explique une spectatrice enthousiaste à ses amis, au sortir du spectacle. Chahutés, certainement… Mais l’art de Monteverdi aura toujours plus de sens que la banale harangue politique – et ces « Corpi Ingrati » valent surtout pour les audaces expressives de partitions restituées avec panache par Maria Cristina Kiehr et Anne Magouët (sopranos), Pascal Bertin (contreténor), Renaud Delaigue (basse) et Lluis Vilamajo (ténor), sous la férule d’un chef, organiste et claveciniste à son affaire. Restent le mouvement et les gestes des quatre danseurs du BNM, dont l’intensité fusionne avec la virulence du stilo recitativo du chant monteverdien.        
Franck Mallet
 
Ballet national, Marseille, 12 mars. Festival Mars en Baroque jusqu’au 31 mars : www.marsenbaroque.com

(Photo © François Guery)