Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Michel Fau, clichés détournés
mercredi 4 janvier 2017 à 00h41
Aux Bouffes du Nord, Michel Fau joue et chante Névrotik-Hôtel, ou la rencontre, sur une trame (assez lâche) de Christian Siméon, des lyrics (à multiples sens) de Michel Rivegauche et des musiques (faussement entraînantes) de Jean-Pierre Stora, d’une diva sur le retour avec un groom pas si réticent que ça. Chambre d’hôtel rose fluo, chorégraphie et acrobatie, boulevard et Kabuki. Un mix de La Dame de Monte-Carlo et du Bel indifférent sans Cocteau ni Poulenc, d’André Roussin et de Barillet et Grédy aussi, dont Fau excelle à dépoussiérer les comédies écrites pour Rosy Varte ou Sophie Desmarets. Le pendant surtout de son Récital emphatique (même lieu - 2011), patronné par rien moins que Rimbaud (« Rien n’est beau que le faux, le faux seul est aimable ») et Genet (« Ma vie visible ne fut que feintes bien masquée »). En clone de Josiane Balasko et de Marie Bell réunies, flanqué d’un étonnant acteur-chanteur-danseur-acrobate (Antoine Kahan) et secondé par un impeccable trio piano-violoncelle-accordéon, il se livre, en toute modestie et selon ses propres termes à « une vertigineuse mise en abîme des clichés humains, mais aussi à un hommage décalé et poignant à la grande chanson française ». Il creuse en tout cas le sillon qui fait son succès, clichés détournés et artifices avoués, alliage justement constitutif de l’air de notre temps.
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 8 janvier (Photo © Marcel Hartmann)