Mardi 10 décembre 2019
Concerts & dépendances
Master class : Ludovic Tézier et les trompeuses évidences
mercredi 9 octobre 2019 à 01h02
Nouvelle session de master classes à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille : le baryton Ludovic Tézier succède au chef Philippe Jordan. Salle bondée, beaucoup de jeunes (et de moins jeunes) prennent des notes. Pour les non-professionnels, l’exercice parle de lui-même, clé d’un monde auquel le public n’a généralement pas accès. « Je dois parler ? » demande Tézier, doté d’un humour frappant juste sous ses airs réservés. Il va poursuivre avec six chanteurs de l’Académie de l’Opéra accompagnés de leurs pianistes un étonnant dialogue commencé dans le secret des salles de répétition, où le non-dit et l’à peine esquissé côtoient « trucs » (selon ses termes) et très concrètes indications techniques. A Alexander York, baryton américain présentant l’air du Comte (acte 3) des Noces de Figaro : « Plus de texte, moins de voix ». A Kseniia Proshina, soprano russe techniquement parfaite dans « Caro nome » de Rigoletto (acte 1) : « Joli, nous sommes au bord d’aller plus loin. La justesse est dans la respiration, avant la note ». A Timothée Varon, baryton français surinterprétant l’air de Valentin de Faust (acte 1) : « Si tu n'essaie pas d'imaginer une note précédant le « ô » ... venu de nulle part qui commence le récitatif, rien ne viendra. Si tu ne débloques pas les genoux, non plus ». A Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, mezzo française passionnée dans l’air « des lettres » de Werther (acte 3) : « Attention au « trop ». Si tu es précise, l’émotion sera là ». A Andrea Cueva Molnar, soprano suisse et Ki Up Lee, ténor sud-coréen rivalisant de vitalité dans le duo « O Soave fanciulla » de La Bohème (acte 1) : « Gérez les sons ouverts et les sons fermés. N’aplatissez pas le sens, c’est une musique « de rien » mais qui est fantastique ». Tout cela menant habilement et en douceur ces six voix belles et « prêtes à l’emploi » à chercher la musique dans les mots et le sens dans les notes et à remettre en question les trompeuses évidences véhiculées par l’habitude. « Chanter, c’est un vrai travail, pour arriver à la simplicité », conclut Ludovic Tézier. Durée estimée  1h30. Durée effective : 2h50. C'est tout dire. 
François Lafon 

Opéra National de Paris – Amphithéâtre Bastille, 8 octobre (Photo © Cassandre Berthon)