Mardi 27 octobre 2020
Concerts & dépendances
Manon selon Olivier Py, Eros vs Agapé
mercredi 8 mai 2019 à 01h47
A l’Opéra Comique, Manon de Massenet dans la mise en scène d’Olivier Py créée à Genève il y a bientôt trois ans et revue à Bordeaux le mois dernier, 2158ème représentation de l’ouvrage dans son cadre d’origine. Triomphe pour tous au rideau final, quelques huées pour Py. Celui-ci a pourtant transmué le plomb en or, musclant l’action, balayant les conventions 3ème République du livret et retrouvant l’esprit subversif du roman de l’abbé Prévost par un raccourci que ratent bien des metteurs en scène « actualisateurs » (Coline Serreau en tête, à l’Opéra Bastille). En la jetant dès le début dans un monde de luxure où les hôtels sont forcément de passe et où le ciel étoilé ne peut venir que d’une boule de boite de nuit (Eros, amour pulsion, vs Agapé, amour idéal), il rapproche Manon de Carmen telle qu’il l’avait montrée à Lyon en 2012, rappelant implicitement que ces deux portraits de filles perdues ont été les plus grands succès de la si familiale salle Favart. Formidable direction d’acteurs aussi, où chaque intention, chaque mouvement sont pertinents, tout cela relayé musicalement par Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, lesquels jettent de l’acide dans le sirop massenéien tout en illustrant la remarque du critique du Journal des Débats lors de la création en 1884 : « Savez-vous ce qui déroute dans Manon ? C’est cet orchestre qui murmure de si jolies phrases, dans la demi-teinte, voilé, presque insaisissable (…). Vous n’avez plus de dialogues prosaïques, vous n’avez plus non plus le récitatif qui donnait des allures de grand opéra ». Dans l’intimité de son cadre d’origine, l’ouvrage redevient du théâtre, n’obligeant plus les chanteurs à forcer le trait : Patricia Petibon et Frédéric Antoun, Manon et Des Grieux en état de grâce, entraînent un plateau sans fausse note, où Lescot (Jean-Sébastien Bou) et Guillot (Damien Bigourdan) perdent leur bonhomie « opéra comique » pour retrouver leur statut de prédateurs. Détail significatif : on n’a jamais besoin de regarder les surtitres, ce qui ne prouve pas seulement que Massenet était un orfèvre en la matière. 
François Lafon 

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 21 mai (Photo © Stefan Brion)

 

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