Dimanche 25 août 2019
Concerts & dépendances
Mahler à Radio France : le héros est mort debout
samedi 19 janvier 2019 à 19h35
Revelge (Réveil), un des derniers lieder de Mahler sur un poème tiré du recueil « Des Knaben Wunderhorn » (Le cor merveilleux de l’enfant), est un défilé de fantômes après la bataille, une procession de squelettes, une marche implacable que la mort elle-même n’a pu interrompre. On est en 1899, et Mahler trouve ici des accents qui glacent et qui, dans leur diversité, auront chacun leur contrepartie dans l’œuvre symphonique : le côté fantastique  de Revelge dans la Septième, son côté réaliste dans la Sixième (1904). De l’ensemble sortira Wozzeck d’Alban Berg. Malgré ses points de rencontre avec (et ses citations de) Revelge, la Sixième Symphonie est celle de Mahler où le recul de l‘élément lied est le plus net. Dense, énergique, solidement structurée, elle est témoin de luttes furieuses. A la tête de son Orchestre philharmonique  de Radio France, Mikko Franck a fait ressortir sa violence, par une lecture âpre, linéaire, aux sonorités pointues. Mais de ces luttes, l’issue jusqu’au dernier moment ou presque reste indécise. Le finale de la Sixième (une demi-heure à lui seul) est - surtout en son centre - une alternance kaléidoscopique de situations négatives et positives. D’où l’importance, en l’occurrence bien mise en évidence, du dernier épisode, qui entérine la défaite.  La Sixième est la seule symphonie de Mahler qui se termine  « mal », par un chant funèbre des trombones puis par un simple pizzicato qu’on a comparé à une dernière pelletée de terre sur une tombe encore fraîche. Reste que le héros est mort debout.
Marc Vignal
 
Auditorium de Radio France, 18 janvier (Photo © Christophe Abramowitz)