Mardi 27 octobre 2020
Concerts & dépendances
Lessons in love and violence, réussite à quatre mains
mercredi 15 mai 2019 à 01h43
Première française à l’Opéra de Lyon de Lessons in love and violence de George Benjamin sur un livret de Martin Crimp. Même mise en scène (Katie Mitchell), même plateau à une exception près (Georgia Jarman remplace Barbara Hannigan) que lors de la création londonienne, où l’ouvrage affrontait – tel le deuxième film redouté des cinéastes – le souvenir intimidant de Written on skin, premier opéra grand format du tandem Benjamin-Crimp après le prometteur essai de chambre Into the little hill. Une œuvre à quatre mains là encore, à l’exemple des illustres duos du passé tel Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal (sans aller chercher Mozart et Da Ponte, comparaison osée par Olivier Messiaen lorsque le jeune Benjamin, 16 ans, était son élève au Conservatoire de Paris). Brillamment intemporelles, ces leçons d’amour et de violence (tout est dans le titre) assenées au roi d’Angleterre Edouard II selon l’élisabéthain Christopher Marlowe, transposées dans un univers clos alla Stanley Kubrick (une chambre où le lit tient lieu de trône, lieu de lutte entre passions et pouvoir). Cette fois encore, le texte de Crimp, mystérieux en même temps que quotidien, et la musique de Benjamin, complexe mais suscitant une émotion très directe (on pense à Bernard Herrmann, ce qui n’a rien d’injurieux) engendrent une efficace machine dramatique à l’anglaise, dans la foulée de Britten ou de Tippett. Facile, diront les sceptiques, rappelant les réticences du duo, à l’époque d’Into the little hill (2006), envers l’opéra bourgeois. Pas tant que cela, si l’on considère que le propos n’est pas affadi et que ce roi voué au malheur (le sien et celui des autres) continue d’exercer sa délétère fascination. Mise en scène à l’avenant, académique en surface, assez extravagante au fond, jouant sur le temps (effets simultanés d’accéléré et de ralenti) et maniant la dérision (couronne sur chariot, tel un dessert convoité), distribution anglophone impeccable autour du non moins adéquat Français Stéphane Degout, Orchestre de l’Opéra de Lyon en grande forme, dirigé d’un geste généreux par le jeune et doué Alexandre Bloch. 
François Lafon

Opéra de Lyon, jusqu’au 26 mai. DVD disponible chez Opus Arte, capté lors de la création au Covent Garden de Londres sous la direction de George Benjamin (Photo © Stofleth)

 

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