Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Les Chevaliers de la Table ronde, inéluctable régression
dimanche 18 décembre 2016 à 01h19
A l’Athénée, Les Chevaliers de la Table ronde, opéra bouffe (où on ne mange pas) de Louis-Auguste-Florimond Ronger dit Hervé, par Les Brigands. Une œuvre oubliée, mal-aimée dès sa création (1866), un spectacle débridé, voire hystérique, dans la tradition de la compagnie, cette fois coachée par le Palazzetto Bru Zane, lui aussi redécouvreur de tout un répertoire français passé à la trappe. Huit ans après Orphée aux enfers - OPA d’Offenbach sur la mythologie gréco-latine -, Hervé, le « compositeur toqué » (il avait été organiste à l’hôpital de Bicêtre, où l’on enfermait les fous), s’en est pris à une autre intouchable culturel : le roman courtois. Il a frappé aussi fort, mais moins habilement : le pastiche musical est plus brouillon, la charge politique moins lisible. «Attention, c’est un opéra-bouffe, c’est un humour de clown, si on y va pour autre chose, il y a maldonne. Il faut accepter de régresser. Est-il d’ailleurs encore possible de rire de ça ?», se demande le metteur en scène Pierre-André Weitz, connu comme scénographe attitré d’Olivier Py. Régression donc, spécialité des Brigands peaufinée avec le temps (la compagnie existe depuis 2001) : décor et costumes rayés noir et blanc (aliénés, prisonniers, bagnards ?), anachronismes décomplexés (Roland parle « banlieue »), danse de Saint-Guy fortement sexualisée, références horrifico-enfantines (Beetlejuice, Oliver Twist), chanteurs-acteurs polyvalents dirigés sur les chapeaux de roues par le chef maison Christophe Grapperon (la musique, habilement adaptée par Thibault Perrine pour 13 voix et 12 instrumentistes, est aussi difficile à chanter que Rossini ou Meyerbeer, qu’elle parodie). On en sort anéanti ou revigoré, selon l’humeur, avec – comme on le chante dans La Vie parisienne d’Offenbach (1866 aussi) – « envie de faire un tas de bêtises ».  
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 7 janvier Photo © DR