Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Le Postillon de Longjumeau, Fau et le trop
dimanche 31 mars 2019 à 00h31
A l’Opéra Comique, 570ème représentation du Postillon de Longjumeau d’Adolphe Adam, la 569ème datant de 1894. Du prolifique Adam, les balletomanes connaissent la musique de Giselle, et un public beaucoup plus large a en tête celle du cantique Minuit chrétien … sans savoir qu’elle est de lui. Ce Postillon aux accents faciles mais attrayants, joué partout et en particulier en Allemagne où Wagner lui-même se le chantait en boucle, aurait perdu son aura par la faute du chemin de fer, lequel a sonné le glas des diligences et de leurs cochers, « Oh qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau le postillon de Longjumeau » sonnant mieux en effet que « Oh qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau le chef de gare de Longjumeau ». C’est son côté théâtre dans le théâtre qui, selon ses dires, a inspiré Michel Fau, maître d’œuvre de cette résurrection. Une mise en abîme assez profonde : « A l’inimitable Lully, dont nous ne connaissons plus que le nom, a succédé l’inimitable Rameau, dont nous n’avons jamais entendu une note », écrivait Adam en 1857. L’ouvrage, censé se passer sous Louis XV, est donc un fantasme XVIIIème, une fantaisie sur la France bourbonnienne vue depuis celle de Louis-Philippe, roi bourgeois issu de la branche cadette d’Orléans. Comme toujours Fau fait dans le trop, mais un trop raffiné, parodiant l’opéra baroque en même temps que l’opéra-comique de nos grands-parents, avec des embardées dans le burlesque hollywoodien lorsqu’il apparaît lui-même en double (dans tous les sens du terme)/dame suivante de l’héroïne, subterfuge bien venu dans cette improbable histoire de postillon abandonnant son épouse le jour de ses noces pour devenir ténor d’opéra et se remariant avec elle dix ans plus tard sans la reconnaître, celle-ci s’étant muée en grande dame à la suite d’un héritage. Dans des toiles peintes baroco-flashy d’Emmanuel Charles et des costumes non moins fous (mais chics, signés Christian Lacroix), sous la direction elle aussi « too much contrôlé » de Sébastien Rouland à la tête du Chœur Accentus et de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen, une distribution sans faute entoure la pétulante Québécoise Florie Valiquette en double épouse et le ténor oiseau rare sans lequel Le Postillon est impossible : le phénoménal Michael Spyres - désormais un habitué de la maison -, dont le très attendu contre-ré ne sort pas très droit ce soir, mais dont la présence, le style … et les suraigus de rattrapage font à juste titre crouler la salle. 
François Lafon

Opéra Comique, Paris, jusqu'au 9 avril. En différé sur France Musique le 28 avril (Photo © Stéphane Brion)