Vendredi 21 septembre 2018
Concerts & dépendances
Le Comte Ory, fructueux recyclages
mercredi 20 décembre 2017 à 01h43
A l’Opéra Comique, Le Comte Ory de Rossini. Contretemps et contradictions : un « grand » opéra, créé à l’Opéra de Paris (salle Le Peletier), mais sur un sujet léger, voire paillard ; le premier et avant dernier ouvrage français original de Rossini (l’autre sera le préromantique Guillaume Tell), mais recyclant une large partie de la musique du Voyage à Reims, cantate scénique de circonstance (le couronnement de Charles X) sur un texte italien ; très joué au XIXème siècle, moins au XXème, situation encore compliquée depuis les années 1980 par la redécouverte triomphale (portée par Claudio Abbado) du Voyage à Reims que l’on croyait perdu. Recyclage aussi, de la part du librettiste Eugène Scribe, d’un court vaudeville inspiré d’une chanson leste (l’éternel jeu du chat et de la souris entre les contraintes de la religion et les exigences de la chair) augmenté d’un prequel exploitant le même ressort dramatique … et contenant l’essentiel des emprunts au Voyage à Reims. De quoi déstabiliser le metteur en scène Denis Podalydès, lequel réussit mieux à mettre le feu aux poudres (et aux soutanes) dans la seconde partie que dans la première, plus conventionnelle - opérette presque -, où il se distingue surtout par sa volonté de transposer l’action des Croisades à la conquête de l’Algérie. Même remarque pour le chef Louis Langrée à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées (avec lequel il annonce de nombreux projets), sacrifiant d’abord l’« effet champagne » de  la musique à l’adéquation (toujours problématique chez Rossini) du son et du sens, pour se déchaîner ensuite : vertigineux final du premier acte (treize voix solistes et double  chœur), savoureuse scène de beuverie des nobles déguisés en nonnes – où Podalydès reprend définitivement la main –, inénarrable trio mozartien (en plus déluré) à la fin, entre un monsieur (le Comte) et deux dames, dont l’une joue un monsieur (le page du Comte). Brochette de nouvelles stars côté dames - Julie Fuchs, Gaëlle Arquez, Jodie Devos, Eve-Maud Hubeaux -, valeurs consacrées chez les messieurs - Jean-Sébastien Bou, que l’on connait surtout en Pelléas, le ténor Philippe Talbot en Michel Sénéchal du XXIème siècle. Diction parfaite de tous, ce qui n’est pas évident quand le Cygne de Pesaro met le turbo. 
François Lafon

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 31 décembre. Opéra Royal de Versailles les 12 et 14 janvier. En direct sur Culturebox le 29 décembre à 20h. En différé sur France Musique le 21 janvier (Photo © Vincent Pontet)