Mercredi 23 octobre 2019
Concerts & dépendances
La Scala-Paris : Rachmaninov, pairs et repères
samedi 30 mars 2019 à 00h05
Festival Rachmaninov et la musique russe à la Scala-Paris, seconde semaine après Chopin and co (voir ici) des 18h30 dédiés à la nouvelle génération d’interprètes. Quatre jeunes pianistes encore, quatre façons d’écouter Rachmaninov et ses pairs. Quoi de commun entre Clément Lefebvre (28 ans – France) et Ilya Rashkovskiy (34 ans – Russie) ? L’un joue français, l’autre russe, dirait M. de La Palisse. Pas si simple. Indices : le premier adjoint au 5ème Moment musical et à six Etudes-Tableaux (n° 1, 2, 4, 5, 6, 9) la 3ème Sonate de Scriabine, passage en quatre mouvements intitulés « Etats d’âme » du postromantisme à un univers sans repères connus, le second confronte la 2ème Sonate de Rachmaninov aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Lefebvre, champion au disque de Couperin et Rameau (voir ), fait entendre le jeu permanent, dans les prouesses techniques des Etudes-Tableaux, entre tradition, virtuosité et (tout de même) prospective, débouchant tout naturellement sur Scriabine prêt à basculer dans un autre monde. Rashkovskiy fait flamber la 2ème Sonate, comme il va peindre chez Moussorgski des paysages hallucinés, n’hésitant pas à martyriser le piano tout en rappelant dans les passages doux qu’il est capable d’un toucher arachnéen. Deux façons en tout cas de montrer que Rachmaninov n’est pas (seulement) un nostalgique hors-temps comme il a été hors-sol. Superbe acoustique de La Scala, conçue pour la musique autant que pour le théâtre, mais qui sert moins le toucher souple de Clément Lefebvre. Public de plus en plus nombreux dans cette salle que les mélomanes curieux (et, espérons-le, un nouveau public) commencent à inclure dans leurs circuits.
François Lafon

La Scala-Paris, jusqu’au 30 mars. A lire : L’Intégrale des ombres, d’Olivier Schmitt, histoire mouvementée du lieu depuis Aristide Bruant (« A la Scala » – 1877) jusqu’aujourd’hui. (Photo Ilya Rashkovskiy © DR)