Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Karita Mattila, retour aux sources
lundi 23 janvier 2017 à 17h15
Tapiola (1926) et Luonnotar (1913) comptent parmi les œuvres les plus personnelles, les plus secrètes,  de Sibelius. Tapiola signifie « la demeure de Tapio », dieu de la forêt dans le Kalevala. Cette forêt n’a rien de pittoresque. Elle n’est pas non plus le lieu de refuge, l’objet de contemplation, d’adoration et d’élévation chanté par beaucoup de romantiques. Immense, infranchissable, menaçante (comme parfois chez Schumann), elle conduit l’homme à la reconnaissance de ses limites physiques et psychiques. Commencer un programme avec une telle partition, comme l’ont osé Mikko Franck et le Philharmonique de Radio France, est une gageure. Luonnotar (« Esprit féminin de la nature »), pour soprano et orchestre, raconte la création du monde selon le Kalevala et traite le sujet de façon ésotérique, non sans un bref moment de dramatisme. L’orchestration dépouillée et l’apparente neutralité expressive de la voix contribuent au mystère. Interprétation extraordinaire de la part de Karita Mattila, dont paradoxalement les gestes et les attitudes scéniques renforçaient  l’impression de nature non peuplée, indifférente au destin des hommes et aux regards posés sur elle. Retour sur terre après l’entracte de ce concert mémorable, avec deux ouvrages de jeunesse : l’air de concert italien Ah ! perfido !  de Beethoven (1796), grand morceau de bravoure tout à fait dans les cordes de Karita Mattila, et la Symphonie n°1 de Chostakovitch (1926), déjà d’une ironie un peu grinçante.
Marc Vignal
 
Auditorium de Radio France, 21 janvier (Photo © DR)