Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Karamazov, jusqu’auboutisme musico-textuel
dimanche 8 janvier 2017 à 01h36
Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis : Karamazov, d’après Dostoïevski, mis en scène par le directeur maison Jean Bellorini. Une version retravaillée et raccourcie (4h 20, quand même) du spectacle vedette du dernier festival d’Avignon. Une adaptation « chorale » du roman (seize formidables acteurs et musiciens), montrant – comme l’avait déjà fait Bellorini dans Tempête sous un crâne, tiré des Misérables de Victor Hugo – comment faire théâtre (comme aurait dit Antoine Vitez) d’un texte qui n’en est pas, et surtout tenant compte de la dimension métaphysique de l’œuvre originelle, souvent réduite à sa seule anecdote. Mais plus encore que le verbe d’Hugo, la prose dostoïevskienne - traduite par André Markowicz avec toute la rugosité voulue - est ici musicalisée : chœurs et orgue, concert de cuivres accompagnant la condamnation du faux coupable Dimitri, références « russes », effluves de Chopin en contrepoint de la lutte bien-mal/foi-doute, mais aussi et surtout une propension à chanter quand la parole vient à manquer, jazz et lyrique, sprechgesang ou chanson (jusqu’à … « Tombe la neige » d’Adamo). Bien autant que les images, belles et mode (à commencer par les cages de verre -  enfermement et effets de loupe - empruntés à Krzysztof Warlikowski), c’est ce jusqu’auboutisme musico-textuel qui fait si bien passer du roman à la scène « la lutte du diable et du bon Dieu avec pour champ de bataille le cœur des gens ».  

François Lafon

Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis, jusqu’au 29 janvier, et en tournée française Photo © Guillaume Chapeleau