Jeudi 29 octobre 2020
Concerts & dépendances
John Adams à Lyon : le ciel au plafond
vendredi 14 février 2020 à 20h03
Créé au printemps 1995 à Berkeley (Californie) et repris dans la foulée en France, à la Maison de la Culture de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le troisième ouvrage lyrique du compositeur américain surprit quelque peu à l’époque. Ni opéra ni comédie musicale, I Was looking at the ceiling and then I saw the sky lorgnait en réalité du côté du rock, comme Gershwin et Weill, cinquante ans plus tôt, intégraient le langage populaire de leur époque. Repris un quart de siècle plus tard par l’Opéra de Lyon, l’ouvrage s’est plutôt bonifié et les « louables » intentions du livret, écrit par June Jordan, qui évoquait – pas toujours avec finesse, il est vrai – à la fois les brutalités policières, le racisme, l’émigration et les problème sociaux, à l’aune du tremblement de terre de Los Angeles, en 1994, trouvent hélas encore des correspondances avec le monde actuel. S’appuyant sur son « ressenti d’immigré », le metteur en scène d’origine roumaine Eugen Jebeleanu offre une interprétation d’une lisibilité immédiate – ce qui n’était pas le cas pour les spectateurs de la création, plongés dans un spectacle sombre et d’une gravité pesante, avec en outre des personnages dédoublés par des danseurs (…).
L’homme de spectacle joue à fond la carte musicale : il épouse le rythme soutenu de la partition, renouvelant la scénographie pour chacune des chansons (au total, vingt-trois), à partir de la scène sur le devant, et des trois pièces d’un appartement éclaté au-dessus de l’orchestre. Deux guitaristes, un batteur, un saxophoniste, une clarinettiste, un contrebassiste et trois claviers, dont deux synthétiseurs et un piano : l’ensemble instrumental et les solistes du Studio de l’Opéra de Lyon swinguent avec une justesse et une clarté sonore grisantes sous la baguette de Vincent Renaud. Nul temps mort pour cette partition destinée avant tout – et surtout ! – à des chanteurs et comédiens familiers de la pop, de la soul et du jazz.
Il n’empêche que la partition gagnerait à être allégée d’une bonne vingtaine de minutes, sur une durée originale d’une heure cinquante : La poétesse a voulu « trop bien faire » et le musicien a beau fourbir une grande variété de numéros, plusieurs frisent le cliché. Et ce n’est peut-être pas un hasard si le premier enregistrement de cet ouvrage, sous la baguette du compositeur, opérait une sélection, passant de vingt-trois à quinze numéros… Mais qu’importe, car la palme revient sans hésiter à la formidable équipe vocale réunie pour l’occasion, féminine, avec Axelle Fanyo (Leila), Clémence Poussin (Consuelo) et Louise Kuyvenhoven (Tiffany) et masculine, avec Alban Zachary Legos, Aaron O’Hare et Christian Joel.   
 
   Franck Mallet

Le 13 février 2020, à Lyon 4e, Théâtre de la Croix-Rousse (Photo © Opéra de Lyon-Blandine Soulage)

Prochaines représentations : 15, 16, 18, 19, 20, 22 et 23 février, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, 4e

 

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