Dimanche 25 août 2019
Concerts & dépendances
Jeanne au bûcher : psychanalyse du feu
dimanche 29 janvier 2017 à 22h53
A l’Opéra de Lyon : Jeanne d’Arc au bûcher d’Arthur Honegger et Paul Claudel. « Ni la sainte, ni la victime expiatoire de la raison politique », prévient le metteur en scène Romeo Castellucci, maître en images choc et en propositions dérangeantes. Une Jeanne de combat tout de même : pourquoi sinon cette salle de classe (un collège de jeunes filles : des petites Jeanne ?) où s’enferme l’homme de ménage après avoir jeté tables et tableau noir, pour revivre, métamorphosé en femme, le martyre de la Pucelle ? Serions-nous Jeanne comme nous avons été Charlie ? « On peut dire que cette mise en scène sert la musique d’Honegger et dessert le livret de Claudel », poursuit Castellucci. Pas tant que cela : au tollé des puristes qui lui reprochent d’avoir relégué solistes vocaux et chœurs (sonorisés façon Ircam) deux étages sous le plateau, il pourrait invoquer Claudel : « C’est la voix, ce sont les voix sous l’histoire et sous l’action qu’il s’agissait de faire entendre », et même ajouter cette remarque de l’auteur du Soulier de satin au critique Bernard Gavoty : « C’est un bien pauvre édifice que celui qui se contenterait d’être envisagé sous un seul angle. » Troublantes quand même, et même subtilement gênantes, ces images typiquement castellucciennes : Jeanne sortant de terre avec son épée trop grande pour elle, Jeanne nue au côté de son cheval mort. Mémorable performance d’Audrey Bonnet, actrice extrême comme le sont ses consoeurs Valérie Dréville ou Judith Chemla, présence discrète mais efficace de Denis Podalydès en frère Dominique, jouant sans emphase le négociateur-derrière-la-porte. Exploit à risque de Kasushi Ono, jonglant avec l’orchestre et les voix venues d’ailleurs pour faire miroiter le virtuose patchwork médiévo-contemporain (1935) tissé par Honegger. Aux saluts, les solistes viennent costumés en clercs et paysans de l’époque de Jeanne. Ultime mise en perspective de cette œuvre contemporaine de la Psychanalyse du feu de Bachelard et du Théâtre et son double d’Antonin Artaud ? 
François Lafon 

Opéra National de Lyon, jusqu’au 3 février (Photo © Stofleth)