Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Je suis un homme ridicule : Dostoïevski sans le rêve
samedi 25 février 2017 à 23h47
Au Théâtre de l’Athénée : Je suis un homme ridicule, opéra de Sébastien Gaxie (musique) et Volodia Serre (livret et mise en scène) d’après Le Rêve d’un homme ridicule de Dostoïevski (notez le glissement de sens dans l’intitulé de l’œuvre). L’association d’un compositeur-pianiste-improvisateur friand de jonglages sonores et visuels et d’un homme de théâtre tenté par les expériences extrêmes et la symbolique des sons. Dans de telles mains, la nouvelle ambiguë de Dostoïevski (cauchemar et rédemption, métaphysique et politique, cosmologie onirique d’un homme sans qualités) devait déboucher sur une expérience sensorielle hors des sentiers battus de la scène lyrique. Cela commence bien : incursions progressives de la musique dans le récit de l’homme ridicule, humour grinçant porté par l’étonnant comédien Lionel Gonzales et son double chantant Lionel Peintre. Mais le « spectacle électro-onirique, où le lyrisme du texte rejoint celui de l’opéra » promis dérape quand vient le rêve de l’homme, où celui-ci - freudien avant la lettre - corrompt un monde d’avant la chute : zombies chantant et défilant en rond, main de l’homme (sur écran) gâtant une nature miniature, saturation sonore rappelant le théâtre musical des années 1970. L’univers dostoïevskien, contradictoire et prophétique, se retrouve réduit à une bien-pensante évocation des peurs et catastrophes à venir. L’interprétation virtuose autant qu’enflammée des Ensembles Musicatreize (vocal) et 2e2m (instrumental), fermement dirigés par Pierre Roullier, n’y peut mais. 
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 4 mars (Photo © Sébastien Gaxie)