Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Ismène, perte de repères garantie
jeudi 4 mai 2017 à 10h56
Au Théâtre de l’Athénée : Ismène, premier volet de la Trilogie des éléments, trois solos sur des textes de Yannis Ristos par la chanteuse-actrice-performeuse Marianne Pousseur (fille du compositeur Henri Pousseur), mise en scène par Enrico Bagnoli. Une histoire qui remonte loin, à la découverte en France de Ritsos (1909-1990), poète inspiré, engagé et emprisonné, par Antoine Vitez (Electre de Sophocle, « parenthèses » de Ristos – 1971). En 2008, c’est Georges Aperghis, collaborateur de longue date de Vitez et déjà auteur, pour Marianne Pousseur, d'une Clytemnestre (Dark Side - 2003), qui musicalise cette Ismène déjà vue à Paris en 1976 avec Judith Magre (sans musique, mais avec des « parenthèses » … d’Aragon). Aujourd’hui, l’objet est culte et a beaucoup tourné : dans un espace visuel et sonore à la fois bricolé et sophistiqué dû à Diederick de Cock et Guy Cassiers, Ismène, discrète fille d’Œdipe et sœur d’Antigone, a l’eau pour élément (le plateau est un bassin, source d’étonnants effets visuels). Statue nue et minérale, antique et pataugeante, parlant en français d’un timbre de miel et déployant en grec (un grec ancien et barbare, recomposé par Aperghis) ses incroyables ressources vocales, Marianne Pousseur incarne rien moins que la tragédie. Perte de repères garantie, vertige visuel et auditif : une manière d’approcher le mythe. Suite(s) de la Trilogie courant mai avec Phèdre (le feu) et Ajax (l’air), où Pousseur elle-même succède à Aperghis pour la musique.
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 6 mai. Phèdre du 10 au 13 mai, Ajax du 17 au 20 mai (Photo © DR)