Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Iphigénie selon Warlikowski, acte fondateur
mercredi 7 décembre 2016 à 23h36
A l’Opéra de Paris – Garnier, reprise, dix ans après, d’Iphigénie en Tauride de Gluck dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski. En 2006, invité par Gerard Mortier à faire ses débuts à l’opéra, le metteur en scène faisait entrer le regietheater dans la bergerie lyrique : scandale devant ce gauchissement du mythe des Atrides, où la fille d’Agamemnon sauvée de la mort par la déesse Diane ne vieillissait plus sur les rives sauvages de Tauride (l’actuelle Crimée), mais dans une maison de retraite où elle ressassait ses souvenirs. Depuis, le répertoire et le public en ont vu d’autres, et ce spectacle fondateur fait figure de grand modèle, soutenu par les formidables intuitions de Warlikowski, la plus belle restant le dédoublement de l’héroïne, vieille femme qui a vécu le pire se voyant, jeune, refaire les gestes et revivre les passions de sa jeunesse. Dans ce rôle où se joue toute une vie, Véronique Gens trouve un des rôles … de sa vie, vocalement à l’aise dans une tessiture périlleuse et naturelle dans la si facilement pompeuse déclamation gluckiste. Même remarque pour Etienne Dupuis (Oreste) et Stanislas de Barbeyrac (Pylade), eux aussi ajoutant à l’accord pas si évident (le temps qui passe, toujours ?) entre cette musique (1779) conçue pour rendre à la tragédie lyrique sa simplicité perdue et ces images à la crudité pasolinienne, avec homicides familiaux sur scène et sur écran. En 2006, Marc Minkowski dirigeait sec son ensemble baroque. Avec l’Orchestre de l’Opéra, Bertrand de Billy arrondit les angles. Une troublante douceur, quand même, somme toute en accord avec ce qui nous est montré. 
François Lafon

Opéra National de Paris, Palais Garnier, jusqu’au 25 décembre Photo © Guergana Damianova/Opéra de Paris